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PUCCINI, Suor Angelica / Gianni Schicchi – Baugé-en-Anjou

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Spectacle
5 août 2026
Terrible, puis facétieuse, la mort

Note ForumOpera.com

4

Infos sur l’œuvre

Giacomo Puccini
Suor Angelica
Opéra en un acte
Livret de Giovacchino Forzano
Gianni Schicchi
Opéra en un acte
Livret de Giovacchino Forzano
Créé à New York, Metropolitan Opera, le 14 décembre 1918

Détails

Direction artistique
Bernadette Grimmett et Walter Hall
Scénographie
Jean-Yves Rochard et Frédéric Lancelot
Costumes
Juliette Frappier
Lumières
Daisy Hardwick

Suor Angelica

Suor Angelica
Susana Gaspar
Principessa
Ekaterina Bakanova
Badessa
Rebecca Hart
Suor Zelatrice
Aleksandra Kovalevich
Maestra delle Novizie
Anna Erokhina
Suor Genovieffa
Ruth Harley
Suor Osmina
Elen Wilmer
Suor Dolcina
Jennifer Lack
La suor infirmiera
Deborah Holborn
Les Cercatrice
Véronique Durrant, Eva Hutchins
Le novizie
Joyce Wong, Sara Jouillat
Les Converse
Eva Htchins, Sara Barakat, Kristina Nikiforova
Lucilla
Bijou Bontemps
Virgin
Audrey Taylor
Le fils d’Angelica
Bertie Taylor

Gianni Schicchi

Gianni Schicchi
Gheorghe Palcu
Lauretta
Susana Gaspar
Zita
Ekaterina Bakanova
Rinuccio
Francis Ng
Gherardo
Alexander Pidgen
Simone
Henry Grant Kerswell
Marco
James Roser
Betto
Stephen Kennedy
La Ciesca
Anna Erokhina
Dr Spineloccio
Denis Sedov
Notaro
Aaron Rishel
Pinellino
Christian Foulonneau
Guccio
Igor Stéphan
Gherardino
JosephPugh

Orchestre de l’Opéra de Baugé
Premier violon
Nandor Szederkenyi

Direction musicale
Thomas Payne

Baugé-en-Anjou, Opéra de Baugé, Les Capucins, le 1er août 2026, 18h

Suor Angelica

Fréquemment amputé de son volet central (Suor Angelica), au grad dam de Puccini, le Trittico sera privé ce soir du Tabarro, ce dont nous ne plaindrons pas. Certes la morbidité d’ Angelica chantant  que “Les désirs ne fleurissent pas au royaume des morts”, et que “La mort est le plus beau temps de la vie” pouvait choquer le public. Cependant, cet opéra de femmes, qui en opposera deux, totalement dissemblables, dans une micro-société quasi carcérale, d’où la bienveillance et l’amour semblent étrangers, est avant tout la narration de la détresse d’Angelica, rejetée, soumise à expier et à se soumettre. Elle a fauté, comme on disait il n’y a pas si longtemps. Aussi sa famille lui a-t-elle ravi l’enfant et a cloîtré la pécheresse. Son quotidien, bien réglé, est troublé par l’arrivée de la Princesse, sa tante, venue lui demander de renoncer à sa part d’héritage. Alors que Suor Angelica, privée d’affection, tente d’obtenir des informations sur son fils, l’implacable douairière lui apprend qu’il est mort de maladie, il y a deux ans. Désespérée, après avoir prié pour son enfant, elle décide de se suicider. Ayant bu le poison, elle prend conscience de son pêché mortel et implore la Vierge. Le miracle a lieu, sous le regard protecteur de cette dernière, l’enfant rejoindra sa mère. Par-delà la dénonciation d’une morale sclérosée, c’est l’affrontement de deux mondes, de deux personnalités antithétiques. Le pouvoir écrasant opposé à la soumission résignée, désespérée. Rapporté de façon aussi prosaïque, le drame humain perd de sa force. L’incursion inhabituelle dans le microcosme d’un couvent, sans relation avec celle de Poulenc dans les Dialogues des Carmélites, n’est pas moins juste, avec une galerie de personnalités bien caractérisées.

La Suor Angelica qu’habite Susana Gaspar est touchante, d’une vérité humaine constante. Egarée dans cette troupe de soeurs jacassantes, naïves, futiles, notre Suor Angelica, est noble, meurtrie à jamais par son sort.

Dépourvu du fréquent pathos que nombre d’interprètes se croient obligées d’adopter, son chant est sûr et traduit une profonde intelligence du rôle. Les moyens sont admirables : voix pleine, au timbre riche, registre central velouté avec de beaux graves, longueur de voix, tout impressionne. La révolte contre sa tante, bien sûr, mais, surtout, “Senza mamma”, accompagné par un orchestre inspiré, qui nous bouleverse par sa vérité et son évolution, déterminée à rejoindre son enfant dans la mort. Ekaterina Bazhanova nous vaut une Princesse Zia dont le moralisme aveugle et la rigidité implacable sont parfaitement traduits. La voix est sonore, sombre, impassible, dont la diction autoritaire, impitoyable, la froideur atroce de son propos, son maintien altier, glacent.  Les sorelle créent le climat juvénile où affleure le désabusement de la vie monacale. Chacune devrait être citée. Retenons, dès la récréation,  la soeur Zelatrice qu’incarne Aleksandra Kovalevich, voix sûre, autoritaire, très articulée, et la Suor Genovieffa de Ruth Harley qui se remarque par la fraîcheur de son émission. Individuellement comme collectivement (de l’Ave Maria au choeur des Anges de la dernière scène) c’est d’une réelle beauté.

 

L’apparition très réaliste de la Vierge dans la scène finale aurait certainement gagné à être estompée, gommant l’aspect mélodramatique accusé du dénouement. Cependant, on sort bouleversé par cette interprétation sans faiblesse aucune, dépourvue de maniérisme et de préciosité onctueuse. L’orchestre que dirige Thomas Payne s’y montre sous son meilleur jour, porté par un souffle, animé d’un puissant sens dramatique, incisif et nuancé.

 

Gianni Schicchi

Mêmes interprètes, hommes en plus, évidemment. Voici une version de Gianni Schicchi aussi décapante que souriante, sans tomber dans le grotesque vulgaire. Une direction d’une vitalité constante, précise, légère et souple, permet à l’orchestre de créer les atmosphères renouvelées de chacune des péripéties. L’humour et la fausse gravité sont au rendez-vous pour peindre l’hypocrisie et la rapacité de la famille du défunt, comme l’habileté facétieuse de Gianni Schicchi. Aucune tentation caricaturale, y compris dans la lecture du testament, où l’attente fébrile des parents se marie à la solennité.  Les portraits des parents du défunt, famille avide, sont ciselés, par leur chant, mais au moins à part égale par leur traitement orchestral. Les contrastes, les transitions sont pleinement réussis pour cette farce macabre si subtile, légère et grave. L’approche de Thomas Payne , à l’égale de ce qu’il nous avait offert avec Suor Angelica, est exemplaire de goût et de savoir faire.

Le numéro de Georghe Palcu, formidable Gianni Schicchi, suffirait à notre bonheur. A l’égal de Gabriel Bacquier, jadis, il a la faconde, l’intelligence, le sourire intérieur, et surtout la voix du rôle. Le chanteur s’amuse autant qu’il amuse son public. Son euphorie résolue, et le réglement de compte qu’il vient d’infliger aux héritiers, dont le mépris haineux était constant, lorsqu’il les chasse de ce qui est devenu sa demeure… Tout est réussi. Son “Addio Firenze”, nostalgique et subtile mise ne garde de quiconque révélera la  tromperie, est un moment d’exception. Pas un soupçon de cabotinage dans son chant comme dans son jeu. Le trio “Spoghiati, bambolini”, ponctué des “Sta bene” (d’accord) est un régal. Un chanteur comédien idéal pour cet emploi.

Chacun a en tête le “O mio babbino caro”, qui appelle toujours les applaudissements nourris du public .Susana Gaspar, en Lauretta,  dont les qualités rares ont été soulignées plus haut, lui rend toutes ses vertus. On lui associera naturellement Francis Ng, Rinuccio, que nous découvrons à cette occasion. Le jeune ténor hongkongais, formé chez lui et à Rotterdam, glane les prix, sans être encore apparu dans l’Hexagone. Bien sûr, après avoir conseillé de recourir aux services de Gianni Schicci, son “Avere torto ! E fine astuto” est une belle page , servie avec conviction.  À suivre, pour son émission chaude et son aisance.  Le bref duo un peu alangui des deux tourtereaux (“Lauretta, mia Lauretta”) permet de terminer sur une note sincère, qui fait pardonner la supercherie de Gianni Schicchi, qui a réalisé leur union, tout en réglant ses comptes avec cette bourgeoisie prétentieuse. Ekaterina Bazhanova, passe avec bonheur de la détestable Principessa à Zita, la cousine acariâtre du mort. Les autres héritiers jamais ne déméritent : Tous ses parents, aux traits bien carcatérisés, sont servis par des voix de qualité, et par une direction d’acteur millimétrée.

 

Nul doute que le public ne garde un souvenir ému et souriant de cette soirée pleinement réussie.

 

 

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Opéra en un acte
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Bernadette Grimmett et Walter Hall
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Véronique Durrant, Eva Hutchins
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Lauretta
Susana Gaspar
Zita
Ekaterina Bakanova
Rinuccio
Francis Ng
Gherardo
Alexander Pidgen
Simone
Henry Grant Kerswell
Marco
James Roser
Betto
Stephen Kennedy
La Ciesca
Anna Erokhina
Dr Spineloccio
Denis Sedov
Notaro
Aaron Rishel
Pinellino
Christian Foulonneau
Guccio
Igor Stéphan
Gherardino
JosephPugh

Orchestre de l’Opéra de Baugé
Premier violon
Nandor Szederkenyi

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Baugé-en-Anjou, Opéra de Baugé, Les Capucins, le 1er août 2026, 18h

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