Récipiendaire de la bourse Birgit Nilsson en 2024, Matilda Sterby était en toute logique invitée à se produire en récital dans le cadre du festival dédié à l’illustre suédoise. L’événement se déroule du 3 au 8 aout dans différents lieux de la péninsule de Bjäre, berceau du célèbre soprano, au sud-ouest de la Suède. La bourse d’une valeur conséquente de 250 000 couronnes (environ 23 000 euros), créée et remise en premier lieu par Birgit Nilsson elle-même en 1973, récompense des jeunes talents basés en Suède à l’issue de leur formation, pour leur laisser le temps de se lancer dans la vie professionnelle sans se précipiter sur le premier engagement. De fait, la carrière de Matilda Sterby se construit avec constance et raison. N’était-ce le concert de la remise du prix de la Fondation Nilsson au Festival d’Aix en Provence où nous étions présents, peu d’occasions ont encore été données au public de l’entendre en dehors des scènes de sa Suède natale. Le récital, partagé également entre un copieux programme Schubert et l’exploration des œuvres de trois compositeurs scandinaves, trouve son ancrage dans l’évocation de la mer et de la nature, thème aussi naturel que l’auditorium lové en bord de mer baltique de la maison de la culture Ravinen de Bästad où il se tenait.
Technique, souffle et amplitude sont les meilleurs armes de Matilda Sterby dans la longue déambulation qu’elle propose. Si le timbre est assez mat, il se pare de belles couleurs que l’interprète surpique d’accents pour rendre vivante la palette schubertienne. Autant de lieds qui deviennent autant de petites scènes où le tempérament opératique de la chanteuse se révèle déjà plein et entier. « Die junge Nonne » qui compare la tempête interne vécue par une religieuse aux éléments déchainés à l’extérieur, trouve presque l’intensité d’un monologue dramatique wagnérien. Dotée d’un volume confortable, Maltida Sterby surmonte les grandes envolées de ces pages, en concédant à peine quelques duretés à l’aigu, mis à nu devant le simple accompagnement au piano. « Nacht und Träume » referme tout en douceur et murmures cette riche première partie.
Libérée et plus mobile au retour de l’entracte, elle aborde les lieds de Grieg avec toute la passion et le lyrisme nécessaires. Ceux de Gösta Nystroem témoignent une fois encore de ses qualités dramatiques et de l’impact d’une voix étonnamment puissante et bien projetée. Surtout, tout au long de la soirée, on est happé par le talent de diseuse et de conteuse de l’interprète qui porte l’accent moins sur la beauté formelle que sur le sens global du programme. A ce titre, Matti Hirvonen s’avère l’accompagnateur idoine. Le pianiste choie la chanteuse, caressant ses recueillements et fouettant ses emportements.



