Le lendemain du récital de Matilda Sterby, c’est au tour de l’actuel lauréat de la bourse Birgit Nilsson, Luthando Qave, de se produire, dans l’église même où le célèbre soprano s’est éveillé au chant, à Vastra Karup, non loin de la ferme familiale. C’est dans ce même édifice que Birgit Nilsson se produira très régulièrement pour collecter des fonds pour faire vivre l’association mémorielle de la région. Dans l’esprit de ces concerts, le programme choisi par le baryton, explore avec des bonheurs divers autant des pages lyriques que des chansons diverses, du lied aux airs de musicals. Là encore, l’eau s’impose comme un passage obligé quand on se produit sur cette péninsule baignée par la mer.
Luthando Qave peut compter sur des moyens bruts conséquents : volume de stentor, aisance sur toute la tessiture qui conserve un timbre noir paré de belles moirures. Si le baryton trouve de belles couleurs et de plus rares nuances, il reste encore à acquérir la même versatilité que le programme choisi ce soir. Dans ses points forts, les deux morceaux extraits de musicals (son répertoire d’origine), le « delta blues » et deux pièces sud-africaines où sa maitrise du Zulu et du Xhosa font mouche, servies par une narration pertinente et une belle intériorité. Moins réussis s’avèrent le « ah ! Pescador, affronta l’esca » et « nemico della patria », hors style et abordé à l’aune unique de généreuse décibels. Magnus Svensson au piano épouse sans mal l’entrain débordant du baryton. Il fait preuve d’au moins autant de personnalité et de versatilité et offre deux beaux moments de respiration en solo au piano.
Au lendemain du récital abouti de Matilda Sterby, celui du baryton met en lumière l’intérêt de la bourse Nilsson : encourager les talents et donner le temps au temps pour qu’un matériau brut généreux et un tempérament tout opératique puissent trouver leur chemin vers la pleine maturité.



