Une soirée comme on les aime. Un chanteur dans la plénitude de sa voix, une pianiste irréprochable, un programme bien ficelé, un public de connaisseurs, de celui qui sait laisser résonner quelques secondes de silence après le dernier accord de piano avant d’applaudir. Il faut dire que ce soir le Capitole de Toulouse accueille Michael Volle, grand parmi les grands, wagnérien d’exception (ceux qui l’ont entendu dans ses Wotan/Wanderer s’en souviennent encore), Beckmesser d’anthologie, capable aussi de s’emparer d’un rôle comme Falstaff à presque soixante ans et de faire mouche d’entrée. Mais aussi Volle le récitaliste. Hier à Milan pour Walküre, aujourd’hui à Toulouse pour Schubert et Liszt et demain à Prague toujours en récital avec Dvořák et Reinhard Seehafer. Cet homme sait tout faire.
Il prend son public à bras le corps dès son entrée sur scène où il impose littéralement, plus de vingt-trois minutes durant, les vingt-sept strophes (162 vers) de Der Taucher, somptueuse fresque romantique sur la musique de Schubert, tenant davantage du Sturm und Drang selon la ballade de Friedrich Schiller. Et nous voilà emportés dans cette tragique histoire du plongeur (« Der Taucher »), ce page qui, seul, va relever le défi posé par le roi, d’aller chercher aux tréfonds des flots déchainés et au milieu des rochers aux saillies mortelles, la coupe que le roi a lancée. Personne d’autre que lui ne veut prendre le risque. Et voilà notre écuyer qui disparaît dans les flots tourmentés ; on le croit perdu, on pense l’apercevoir, mais non ce n’est pas lui. Enfin, après une longue inquiétude, le voici qui ressurgit fièrement et brandit la coupe vers son roi. Celui-ci renâcle à le récompenser et pose une nouvelle condition. « Si tu retournes chercher la coupe que je vais rejeter à la mer, tu auras de surcroît la main de ma fille ». Celle-ci, déjà folle d’amour, on le devine, supplie son père de ne pas être si cruel et d’épargner le jeune homme. Celui-ci, ivre de volonté et d’amour, replonge à la conquête de la coupe, pour gagner la princesse. Mais jamais les flots ne le rendront.
La musique que Schubert compose là est d’une incomparable modernité (si l’on songe qu’elle fut écrite en 1814). Il s’agit d’un véritable poème symphonique avec piano qui fait passer l’auditeur par tous les états d’âmes possibles : le courage, l’espoir, la vaillance, l’héroïsme, mais aussi la violence de la mer, la cruauté du roi et le désespoir sont tour à tour incarnés. Et pour cela Michael Volle déploie la richesse expressive la plus large qui soit. Le bronze de la voix est sans aucune scorie ; il distille une chaleur enivrante qui nous fait espérer que le plongeur ne saurait échouer. La projection peut être fulgurante et le pianissimo tout autant captivant. Volle nous décrit les tourbillons et l’écume comme un peintre qui disposerait d’une palette aux mille nuances. Du grand art. Mais il faut, pour que le tableau soit pleinement réussi, que le piano suive pas à pas les tribulations du jeune homme. Remarquable Sarah Tysman, jamais prisonnière d’une partition aux défis innombrables, qui nous rend entre la dernière et l’avant-dernière strophe une sorte de poème symphonique en réduction, épique et désespéré, et qui laisse entendre que l’issue sera fatale.
Difficile de poursuivre un programme après un tel déploiement de drame et de couleurs. Les trois lieder D.902 d’après Métastase qui clôturent la première partie tombent un peu comme un cheveu sur la soupe et le changement de langue titille l’oreille qui s’était baignée des accents de la langue de Schiller.
En seconde partie, les lieder de Franz Liszt, dont les trois sonnets de Pétrarque. Plus rugueux, à la musicalité plus subtile. Et enfin le retour à l’allemand (Goethe, Heine, Rellstab, Kuh, Lenau). Nous sommes là dans ce que Volle préfère ; dire l’amour avec l’amour de la langue. La voix se fait captive, confidente ; chaque souffle compte. Il demande au spectateur de ne pas applaudir entre chacun des derniers joyaux qu’il distille, et il a tellement raison ; il nous enferme dans son monde, nous y plonge et nous y perd, pour notre plus grand bonheur.
Récital Michael Volle – Toulouse






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- Orchestre
- Artistes
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Infos sur l’œuvre
Détails
Franz Schubert
Der Taucher, D. 77 (Friedrich von Schiller)
Trois Lieder sur des poèmes de Métastase, D. 902 :
-L’incanto degli occhi
-Il traditor deluso
-Il modo di prender moglie
Franz Liszt
Trois Sonnets de Pétrarque, S. 270 :
-Benedetto sia’l giorno
-Pace non trovo
-I’ vidi in terra angelici costumi
Im Rhein, im schönen Strome, S. 272 (Heinrich Heine)
Vergiftet sind meine Lieder, S. 289 (Heinrich Heine)
Der du von dem Himmel bist, S. 279/3 (Johann Wolfgang von Goethe)
Es rauschen die Winde, S. 294 (Ludwig Rellstab)
Freudvoll und leidvoll, S. 280 (Johann Wolfgang von Goethe)
Ihr Glocken von Marling, S. 328 (Emil Kuh)
Die drei Zigeuner, S. 320 (Nikolaus Lenau)
Bis
Franz Liszt
Es muß ein wunderbares sein
Franz Schubert
Über allen Gipfeln ist Ruh’
Der du von dem Himmel bist
Baryton
Michael Volle
Piano
Sarah Tysman
Toulouse, Théâtre du Capitole
Jeudi 06 mars 2025, 20h
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Franz Schubert
Der Taucher, D. 77 (Friedrich von Schiller)
Trois Lieder sur des poèmes de Métastase, D. 902 :
-L’incanto degli occhi
-Il traditor deluso
-Il modo di prender moglie
Franz Liszt
Trois Sonnets de Pétrarque, S. 270 :
-Benedetto sia’l giorno
-Pace non trovo
-I’ vidi in terra angelici costumi
Im Rhein, im schönen Strome, S. 272 (Heinrich Heine)
Vergiftet sind meine Lieder, S. 289 (Heinrich Heine)
Der du von dem Himmel bist, S. 279/3 (Johann Wolfgang von Goethe)
Es rauschen die Winde, S. 294 (Ludwig Rellstab)
Freudvoll und leidvoll, S. 280 (Johann Wolfgang von Goethe)
Ihr Glocken von Marling, S. 328 (Emil Kuh)
Die drei Zigeuner, S. 320 (Nikolaus Lenau)
Bis
Franz Liszt
Es muß ein wunderbares sein
Franz Schubert
Über allen Gipfeln ist Ruh’
Der du von dem Himmel bist
Baryton
Michael Volle
Piano
Sarah Tysman
Toulouse, Théâtre du Capitole
Jeudi 06 mars 2025, 20h
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