Si Marvão s’enorgueillit de faire entendre pendant ces dix jours de festival plus de 120 compositeurs, cette année, indéniablement, est en partie dédié à Schumann avec plusieurs programmes de belle tenue. L’occasion d’applaudir le Quatuor Arete, intense et passionné ou encore formidable Dimitri Kalashnikov au piano .
Le talent d’accompagnateur d’Aleksandar Madžar éclatait déjà il y a deux jours avec le concert des Frauenliebe und Leben données avec Juliane Banse. Il débute ce concert en soliste par une superbe interprétation des Trois Noveletten.
Il accompagne ensuite Valentin Lee dans les Dichterliebe, un moment rare tant l’artiste coréen s’est magnifiquement imprégné de l’esprit germanique. Il prononce parfaitement l’allemand, en saisit toutes les nuances, le raffinement. Le cycle débute d’une manière extrêmement recueillie, avec un tempo assez lent qui nous permet de plonger avec délicatesse dans cette musique somptueuse.
En dépit de quelques micro-soucis de soutien dans « Aus meinen Tränen sprießen » ou encore « Ich hab’ im Traum geweinet », la performance du jeune homme n’appelle que des éloges. La projection est nette, la ligne vocale conduite avec brio comme dans « Ich will meine Seele tauchen », ou encore dans le superbe « Im Rhein, im heiligen Strome » où la lumière de la voix fait merveille. Il en est de même dans « Und wüßten’s die Blumen, die kleinen », où là encore, l’accompagnement au piano plein de délicatesse sublime le propos.
Le ténor fait montre ici d’une palette de couleurs particulièrement riche, comme dans « Das ist ein Flöten und Geigen » ou dans « Ich grolle nicht ». Si l’on souhaiterait plus de souplesse dans l’incarnation physique, l’implication émotionnelle, elle, se révèle généreuse. Le pianiste rend pleinement justice aux lignes merveilleuses de Schumann, en particulier dans ces postludes qui culminent comme il se doit avec le dernier morceau, « Die alten, bösen Lieder ».
Si les aigus sont aussi larges que flamboyants, les graves ne sont pas en reste, richement texturés dans « Im Rhein, im heiligen Strome » notamment. Les piani sont délicats, le sens de la narration indéniable sur l’ensemble du cycle. La gestion des contrastes est remarquablement intelligente avec des moments extrêmes tout en retenue comme dans « Am leuchtenden Sommermorgen » qui contrastent merveilleusement avec « Ein Jüngling liebt ein Mädchen » ou « Aus alten Märchen winkt es ». L’émission est franche, la ligne sinueuse d’une grande élégance. Les aigus pianissimo, superbes.
Après avoir proposé le fameux cycle offert par Robert à Clara à l’occasion de leur mariage, Juliane Banse, directrice artistique du festival avec son époux, clôt ce concert avec une nouvelle incursion chez Schumann et ses Maria Stuart Lieder précédés d’une composition du violoniste James Cuddeford : un Ave Maria en quatre parties dont les seconde et troisième – « Ora Pro Nobis » et « Sancta » – sont particulièrement prenantes. La prosodie très hachée exige beaucoup de la chanteuse qui bénéficie heureusement d’un immense métier. Les jeux d’assonances et de dissonances entre les deux instruments sont assez séduisants d’autant plus que le timbre particulier de l’artiste, riche en harmoniques graves, se prête bien à une écriture qui n’est pas évidente.
Le format festival se prête bien à ce type de digression, offrant d’excellentes occasions d’expérimenter, de découvrir un répertoire peu connu et contemporain. Les quatre Lieder qui parachèvent le concert vont comme un gant à la cantatrice, très impliquée, tant vocalement que scéniquement, avec de beaux aigus et toujours un tuilage du texte impeccable. Son art de la narration est particulièrement patent dans « Nach der Geburt ihres Sohnes ». La ligne vocale retenue, tout en dignité, est saisissante dans « An die Königin Elisabeth » tandis qu’« Abschied von der Welt » flatte le sombre de la voix, avec toujours cet accompagnement au piano d’une grande sensibilité. Le concert s’achève avec « Gebet », intense et recueilli.
Si vous ne connaissiez pas le festival de Marvão et que vous aimez les lieux de beauté, de convivialité autour de la musique, nous ne saurions trop vous conseiller de l’inscrire dans vos tablettes 2027.

