C’est le Chœur de l’Opéra National de Bordeaux dirigé par Salvatore Caputo qui est à l’honneur dans les deux œuvres proposées à l’auditorium : une pièce pour chœur a cappella de Sofia Avramidou, suivie du Requiem de Verdi dans la réduction réalisée par Michael Betzner-Brandt.
Ce dernier est un chef de chœur allemand, enseignant et pianiste, qui s’est fixé pour mission de populariser et vulgariser le chant choral ( il a notamment créé en Allemagne les chorales « Ich kann nicht singen » – « Je ne sais pas chanter » à destination de ceux qui sont mélomanes mais pas particulièrement musiciens).
Parmi ses nombreuses réalisations, il composa, en 2013, une réduction du Requiem de Verdi pour chœur, piano, cor, contrebasse, marimba, grande caisse et timbales. L’absence de grand orchestre (et l’on sait combien il peut être imposant dans cette pièce) va permettre au chœur de donner sa pleine mesure.
Ce n’est pas la première fois que Salvatore Caputo s’intéresse à des versions autres que l’original de la messe des morts de Verdi. L’Auditorium de Bordeaux avait accueilli cette pièce dans la version dite « de Terezín » à l’occasion d’un temps fort « Résistances » le 5 janvier 2025. L’événement était dirigé à l’époque par Salvatore Caputo et s’inscrivait dans une commémoration des résistances durant la Seconde Guerre mondiale. Il s’agissait de reproduire les exécutions du Requiem organisées par les prisonniers du ghetto de Terezín (Theresienstadt) sous la direction de Rafael Schächter (compositeur roumain) : Schächter avait réduit la pièce à une durée d’exécution d’une heure : seulement deux pianos, des choristes professionnels pour tenir les quatre parties solistes et plus de 100 prisonniers pour assurer le chœur. Tous, Schächter compris, avaient ensuite été déportés à Auschwitz et exterminés.
Le Requiem version Michael Betzner-Brandt est donné sans aucune coupure et on s’en réjouira. Les 37 choristes dont 20 femmes ont été remarquablement préparés à cette partition exigeante et où ils se retrouvent en première ligne, de par l’absence d’un orchestre complet. L’amplitude est réelle, et la division des voix bien définie dans l’ensemble (le Dies Irae représentant toutefois une vraie difficulté).
Et puis nous retiendrons les quatre solistes. Le quatuor vocal est ce soir de tout premier plan. Antoine Foulon fait bien chanter la basse ; l’articulation est parfaite – la projection souffre un peu dans l’équilibre avec les trois autres solistes.
Yu Shao possède le ténor idoine pour venir à bout sans coup férir de l’Ingemisco.
Ce sont toutefois les deux voix féminines qu’il faut particulièrement honorer. Lucie Emeraude tient le soprano avec une vaillance à toute épreuve (le Libera me, terriblement exigeant et qui plus est positionné en fin de parcours, est exemplaire). Outre la technique maîtrisée, elle délivre quelques aigus filés du plus bel effet. Un nom à suivre.
Et que dire de celui de Lauriane Trégan-Marcuz qui possède un alto splendide. Graves servis sur un plateau, timbre sévère à souhait qui laisse entrevoir la possibilité de grands rôles dramatiques verdiens (Il trovatore ou La forza del destino), qu’elle commence du reste à aborder.
Le concert avait commencé avec une création mondiale d’une pièce pour chœur d’hommes et de femmes a cappella. Actuellement en résidence à l’Opéra National de Bordeaux, Sofia Avramidou (compositrice et chanteuse grecque installée à Paris, formée à Thessalonique, Rome et à l’IRCAM, elle a été distinguée par de nombreux prix internationaux) propose une courte pièce vocale (d’une durée d’exécution de moins de dix minutes) devant augurer un diptyque – intitulée La Prière. Elle puise sa source littéraire dans le poème « Le Monstre » d’Agota Kristof (1935-2011). Ce sont les contrastes qui prédominent : voix filées du chœur, répétitions, scansions et voix parlées soulignent le texte de cette prière œcuménique, dans une métaphore à la résonance on ne peut plus actuelle, on pourra en juger. Le texte dit en effet : « Dieu unique de notre monde unique / Dieu éternel de notre monde éternel / Viens à notre aide. / Nous sommes devenus faibles et vulnérables / Nous nous prosternons dans la poussière / Relève tes enfants / Notre douleur est grande / Oh ! Nous avons besoin de Toi / Dieu unique de notre monde unique / Dieu éternel de notre monde éternel. »
La fin de la pièce, toute empreinte de lyrisme, en opposition complète avec le chanté-parlé des premières mesures, est du plus bel effet. Attendons la fin du diptyque pour juger définitivement.

