Le festival Birgit Nilsson prend de l’ampleur depuis sa création en 2018. Déjà l’an passé, Dominique Joucken faisait état des lieux qu’il occupe et des événements qu’il organise. En une décennie à peine, il est passé de quelques concerts dans l’église de Vastra Karup à une série de rendez-vous, récitals, masterclasses qui essaiment sur tout le territoire cher à la soprano suédoise pour s’achever en grande pompe sur le terrain de tennis de Bästad transformé pour l’occasion en petite arène lyrique (avec une jauge qui dépasse les 3000 places tout de même). Si les interprètes suédois, lauréats ou non de la bourse remise par la Fondation, répondent toujours présents, cette année les grands du circuit s’y sont donnés rendez-vous pour une représentation en version semi-concertante de Der fliegende Holländer. Christopher Maltman, Elisabet Strid, Stanislas de Barbeyrac… ce n’est pas moins que la distribution de Die Walküre au Royal Opera de Londres.
Le premier, accueilli par une volée de corbeaux croassant à son entrée en scène, dévore le rôle du capitaine maudit. Le métal noir assoit d’entrée sa sombre figure. Les phrases amples qu’il déroule, le tranchant de registre supérieur couplé à une présence scénique aussi simple que magnétique lui valent un triomphe mérité. Face à lui, le ténor français oppose un Erik mordoré où le lyrisme des phrases le dispute au mordant de ses suppliques. Stanislas de Barbeyrac surclasse le personnage en véritable rival amoureux, loin du simple amant colérique éconduit. Elisbet Strid s’en tire avec les honneurs dans un rôle qui sollicite longuement le registre supérieur. L’aigu est émis avec effort, sans accident néanmoins. Malgré cette réserve, le lyrisme relatif du rôle lui permet de faire montre d’un élégant phrasé. Günther Groissböck complète ce trio efficacement : son Daland se fait aussi sonore que jovial. Tobias Westman (le timonier) et Martina Dike (Mary) complètent sans mal cette excellente distribution.

L’originalité de ce festival vient de ce qu’il marie ces interprètes de premier plan avec des chanteurs amateurs des communautés et paroisses locales (voir détails de la distribution ci-contre). Des mois de préparation ont été nécessaires pour affronter les nombreuses scènes où le chœur occupe la première place, notamment au début du troisième acte. Si les hommes manquent de quelques individus pour atteindre la masse correcte et le soutien nécessaire, toutes et tous arrivent à bon port et s’offre de beaux succès dans certaines scènes (le chœur des fileuses, le début du troisième acte).
Enfin, si le concert est légèrement sonorisé pour couvrir le court de tennis, ce qui aplatit fatalement le son, Henrik Nanasi maintient la cohésion de l’ensemble de ces acteurs aux niveaux variés. L’Orchestre symphonique d’Helsingborg bénéficie d’une solide préparation et suit le geste lyrique du chef de la première à la dernière note de cette version de l’œuvre en trois actes, qui fait la part belle au thème de la rédemption.

