Avec Bianca Castafiore, l’immortelle Joan Sutherland n’a sans doute pas en commun la voix : gageons que le Capitaine Haddock n’aurait jamais été fâché avec l’opéra s’il avait pu entendre l’étourdissant soprano qui s’attira le surnom de « Stupenda ». Les deux divas ont cependant un amour commun pour les pierreries, les facettes et les montagnes d’orfèvrerie. Moins malchanceuse que sa comparse de fiction, Sutherland ne s’est jamais fait voler ses bijoux, dont une sélection va prochainement être mise en vente par la maison suisse Genève Enchères.
Les quelque vingt-et-un lots concernés révèlent une chanteuse qui n’avait pas peur du kitsch : ici, les bracelets sont ornés de six améthystes et les bagues sont serties de rubis eux-mêmes encadrés de diamants. Ces bijoux font néanmoins partie de l’histoire de l’opéra et certains auront sans doute un intérêt particulier pour les lyricomanes, d’autant que Richard Bonynge est connu pour avoir amassé une collection importante d’objets liés aux cantatrices du XIXe siècle. Trois broches sortent du lot :
- La première affiche le portrait de la cantatrice suédoise Jenny Lind, célèbre interprète de
Robert le Diable, d’I masnadieri ou de La Somnambule, estimée en son temps par Mendelssohn. Elle est l’une des obsessions de Bonynge, qui a fait chanter puis enregistrer à la Stupenda un programme Tribute to Jenny Lind (Decca, 1991) et qui lui a offert le bijou en question. 
- La deuxième est faite de diamants qui épellent « SONAMBULA » (sic). Offerte à la soprano Emma Nevada (1859-1940) par le directeur du Teatro Real de Madrid de l’époque, elle aurait été transmise de cantatrice à cantatrice jusqu’à orner la poitrine d’une inoubliable Amina.
- La troisième, enfin, sertie d’une améthyste ovale, aurait appartenu à Adelina Patti. Cette autre grande amatrice de pierres précieuses avait même fait sertir ses propres bijoux sur son costume de scène pour une Traviata à Covent Garden : pour assurer leur protection, deux policiers avaient dû rejoindre le chœur de la production, d’après le V&A de Londres.
La maison Genève Enchères reste très discrète sur l’origine de ces pièces, se contentant de la mention « ancienne collection de Dame Joan Sutherland ». Les bijoux seront exposés publiquement du 18 au 20 septembre (12h-19h) à Genève, avant la vente à la criée du mercredi 23 septembre.

