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Andrea Sanguineti : « J’aime éperdument le répertoire italien »

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Interview
31 mai 2026
Le chef d’orchestre dirige jusqu’au 7 juin La traviata à Nice.

Pouvez-vous nous rappeler les étapes de votre carrière, en particulier en France ?

Après mes études de piano, de composition et de direction d’orchestre, j’ai eu une formation pour le moins française. J’ai en effet passé un an comme pianiste stagiaire au sein de l’Opéra Studio de l’Opéra du Rhin, Les Jeunes Voix du Rhin. C’est là que je me suis familiarisé avec l’opéra et que je me suis véritablement préparé au métier de théâtre. Je suis ensuite parti en Allemagne, d’abord comme chef de chant et directeur de la musique de scène, puis comme Kapellmeister, et enfin comme directeur musical principal, un poste que j’occupe actuellement au Théâtre et à la Philharmonie d’Essen. Je suis toujours revenu en France avec grand plaisir : j’ai dirigé des productions à Rouen, à Avignon, et plus récemment à Strasbourg avec Stiffelio et Norma, ainsi qu’à Toulon avec I Capuleti e i Montecchi et, de nouveau, Norma. Bref, c’est toujours un immense bonheur pour moi de travailler en France !

Combien de productions de La Traviata avez-vous déjà dirigées ?

Je crois que ma première Traviata remonte à 2011. C’était sans répétition, pour un « Vordirigat », c’est-à-dire un test sur le terrain, directement en cours de spectacle. Le poste de directeur musical était en jeu, et il m’a finalement été attribué. C’était dans un théâtre de province, dans les environs de Dresde, où je suis resté cinq ans. Après cela, j’ai dirigé de magnifiques productions de ce titre à Leipzig, Ancône, et  récemment, à Berlin et Essen. Je pense avoir à mon actif entre vingt et vingt-cinq représentations de cet ouvrage.

Parmi toutes ces productions, y en a-t-il une que vous avez préférée ?

Assurément, la production d’Andreas Homoki à Leipzig était magnifique. Le plateau était conçu comme un immense échiquier d’où surgissaient, à un certain moment, des fleurs. C’était visuellement très suggestif.

La mise en scène à Nice exclut Alfredo et Germont au troisième acte. Cette option vous a-t-elle posé des problèmes ?

Disons que ce n’est évidemment pas simple. Surtout au moment où Alfredo est censé revenir sur scène (« Amato Alfredo ! ») : coordonner Violetta au premier plan et Alfredo derrière un tulle est un défi. Cependant, grâce à quelques répétitions et ajustements, nous avons réussi à surmonter les difficultés sur le plan musical sans trop de problèmes.

Plus généralement, alors que le chef d’orchestre se soumet à la partition, comment appréciez-vous le fait que, parfois, le metteur en scène semble se moquer des situations définies par le livret ?

Sur ce point, je dois rompre une lance en faveur de la metteuse en scène Silvia Paoli. Même si Alfredo et Germont sont bien présents dans le livret au troisième acte, dans le roman dont est tirée La Traviata — La Dame aux camélias d’Alexandre Dumas fils —, les deux personnages ne reviennent pas à ce moment-là. Ce choix rend la mort de Violetta et ce qui la précède d’une force et d’une singularité poignantes. C’est une idée de mise en scène originale, mais qui est déjà acceptée de longue date en Allemagne. Je me souviens d’ailleurs d’un dispositif similaire dans une mise en scène historique de Hans Neuenfels créée en 2008 à Berlin. Après vingt ans d’activité en Allemagne, dont les dix premiers passés sous la « dictature » du Regietheater, on peut dire que j’ai vu beaucoup de choses étranges ; mais celle-ci est au moins motivée et offre un véritable point de vue au spectateur.

Parmi les œuvres que vous avez déjà dirigées, si vous avez votre préférée, pourriez-vous nous expliquer pourquoi ?

J’aime éperdument le répertoire italien ainsi que l’opérette, mais la curiosité me pousse toujours à aller explorer de nouveaux horizons. L’année dernière, j’ai pu réaliser un de mes rêves en dirigeant pour la première fois Der Rosenkavalier de Strauss. J’adore cette œuvre car elle représente le mont Everest pour un chef d’orchestre : la partition est d’une complexité absolue, les valses imposent de fréquents décalages volontaires, et les scènes de récitatifs accompagnés (comme avec le Baron Ochs) sont incroyablement difficiles. Et puis, quand tout fonctionne, quelle musique… C’est sublime.

Et s’il y en a une que vous rêvez de diriger, pourriez-vous nous dire laquelle et pourquoi ?

Après mes expériences wagnériennes avec TristanParsifalTannhäuser et Le Vaisseau fantôme, j’aimerais enfin m’attaquer au Ring.

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