L'Elisabetta rêvée d'Anna Netrebko

Par Christian Peter | sam 27 Juin 2020 | Imprimer

Comme nous l’avions annoncé précédemment dans nos colonnes, le Semperoper de Dresde a rouvert ses portes le 19 juin avec, pour quatre soirées consécutives, une version abrégée du Don Carlo de Verdi autour d’Anna Netrebko et Yusif Eyvazov. En mai dernier le couple devait incarner pour la première fois les rôles d’Elisabetta et Carlo dans une nouvelle production de l’œuvre de Verdi, augmentée d’un nouveau prologue signé Manfred Trojahn. Autant de raisons qui devaient faire de ces représentations l’un des événements majeurs de cette fin de saison. Hélas l’épidémie de coronavirus en a décidé autrement, cette production verra  en principe le jour au printemps 2021 avec une distribution entièrement renouvelée, quant aux concerts des 19 au 22 juin, ils apparaissent comme un lot de consolation pour les fans du couple star.

Anna Netrebko a récemment publié sur son compte instagram des extraits de ces soirées que l’on peut aussi trouver en intégrale sur le Net. Le concert, d’une durée d’une heure trente sans entracte proposait une douzaine de pages de l’opéra avec un ensemble de huit instrumentistes et autant de choristes sous la direction inspirée de Johannes Wulff-Woesten, également au piano.

Le choix du programme qui faisait la part belle à la soprano et au ténor, permettait d’entendre également les deux airs d’Eboli par Elena Maximova qui s’est habilement tirée des vocalises de la chanson du voile mais dont les aigus meurtriers de « O don fatale » ont paru stridents. Tilmann Rönnebeck aborde « Ella giammai m’amò » avec une voix claire, un timbre homogène et un grave solide. Son chant nuancé et sa diction impeccable captent d’emblée l’attention. Enfin, la mort de Posa met en valeur l’impeccable cantabile du jeune Sebastian Wartig aux moyens prometteurs.

Yusif Eyvazov propose une interprétation sobre et introvertie de l’infant qu’il aborde avec une voix solide et un style irréprochable. L’Elisabetta d’Anna Netrebko –ou du moins ce que l’on en devine- est absolument magnifique. Que de nostalgie dans « Non piangere mia compagna » et quelle autorité glaciale dans la phrase « Rendetemi la croce » qu’elle adresse à Eboli après que celle-ci lui a avoué sa faute. Quant à son « Tu che le vanità » grandiose, aux affects différenciés, on imagine aisément son impact dans le théâtre tant le volume paraît impressionnant dans les forte qui contrastent avec la délicatesse de ces sons filés dont elle a le secret. Le public réduit au quart des capacités de la salle lui réserve une longue ovation. Malgré un son parfois précaire, ces extraits laissent entrevoir quelle Elisabetta Anna Netrebko pourrait être si l’occasion lui est donnée un jour de chanter l’ouvrage entier sur une scène.

 

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