Forum Opéra

LULLY, Proserpine

arrow_back_iosarrow_forward_ios
Partager sur :
CD
1 juillet 2026
Proserpine sort des enfers

Note ForumOpera.com

3

Infos sur l’œuvre

Tragédie en musique en un prologue et cinq actes de Philippe Quinault
Créée à Saint-Germain-en-Laye en 1680

Détails

Proserpine, la Victoire
Marie Lys
Cérès, l’Abondance
Véronique Gens
Pluton
Olivier Gourdy
Aréthuse, la Paix
Ambroisine Bré
Alphée
Laurence Kilsby
Mercure
Nick Pritchard
Ascalaphe
Olivier Cesarini
Cyané, la Félicité
Apolline Raï-Westphal
Crinise, la Discorde
Jean-Sébastien Bou
Jupiter
David Witczak

Chœur de chambre de Namur
Les Talens lyriques
Direction musicale
Christophe Rousset

3 CD Château de Versailles-Spectacles CVS 187 ; durée 2h50 ; enregistré en juin 2025 ; livret illustré de 106 pages en anglais et français.

Créée au mitan de la carrière de Lully (sept opéras la précèdent, six la suivront), Proserpine fut l’une de ses œuvres scéniques les moins souvent reprises et reste l’une de ses moins fréquentées. C’est sans doute le livret de Quinault qu’il faut en rendre responsable : d’abord intitulé L’Enlèvement de Proserpine, le sujet, propice aux tableaux spectaculaires (éruption volcanique, incendie, char volant, voyage aux enfers, métamorphoses) relève davantage de la pièce à machines que de la tragédie.

Écarté pendant deux ans à l’instigation de la marquise de Montespan (qui s’était reconnue dans la jalouse Junon d’Isis), Quinault, en reprenant sa collaboration avec le musicien, semble vouloir flatter la nouvelle favorite, Madame de Maintenon, en la peignant sous les traits (ambigus) de Cérès : c’est bien cette dernière qui tient ici la partie principale, tandis que le rôle-titre, celui de sa fille, chantant à peine au premier acte et pas du tout aux actes trois et cinq, se voit longtemps supplanté par un couple secondaire (Aréthuse/Alphée) aux badinages envahissants.

Si ces hésitations dramatiques rendent le début du drame poussif, la musique, elle, reste d’un haut niveau, Lully veillant à brosser d’envoûtants et complexes divertissements, qui font la part belle au chœur comme à l’orchestre, et à multiplier les « airs », d’un lyrisme assez italien.

Après avoir ressuscité l’ouvrage à Versailles, Hervé Niquet le gravait chez Glossa en 2007, y pratiquant une demi-douzaine de microcoupures. Christophe Rousset (sur le point d’achever son parcours des opéras de Lully) en donne ici l’intégralité, dans un enregistrement réalisé peu avant le concert du Festival de Beaune, en juillet dernier.
La confrontation entre les deux chefs ne ménage guère de surprises : plus allante, plus contrastée et plus souple (écoutez le second mouvement de l’ouverture), la lecture de Niquet s’avère aussi moins précise, plus bousculée et moins respectueuse (utilisation de doublures aux flûtes) que celle de Rousset. Ce dernier, inhibé par le studio, déçoit dans les récitatifs, par la faute d’un continuo trop janséniste (Niquet laissait plus de licence expressive aux basses d’archet) et d’une battue carrée. Les pages orchestrales sont, elles, ravissantes : langoureux ballet des fleurs de l’acte II, enchanteur début de l’acte IV.

Rousset a surtout pour lui une distribution féminine superlative. Si Véronique Gens nous avait paru un peu fatiguée lors de son dernier album solo (« Reines », Alpha), elle a retrouvé, dans le « rôle à baguette » plutôt grave de Cérès, une totale égalité des registres, la glorieuse franchise de son élocution, la beauté matte de son timbre et cette autorité si nécessaire à l’exigeant acte III. Marie Lys débute de façon discrète : les airs champêtres du deuxième acte réclameraient peut-être une voix plus légère ; mais l’impétueuse soprano, familière des héroïnes haendéliennes, retrouve son incandescence à l’acte IV, dans son monologue comme, surtout, dans ses confrontations avec Ascalaphe et Pluton. Enfin, la voluptueuse Ambroisine Bré nous enchante de sa diction gourmande et de ses couleurs profondes de mezzo : son air « Vaine fierté, faible rigueur » est l’un des grands moments du disque.

Les messieurs, hélas, séduisent moins. Les deux ténors (Laurence Kilsby, Nick Pritchard) font valoir cette aisance dans le registre mixte qui caractérise les voix anglaises mais manquent de personnalité. Défaut plus gênant encore chez Olivier Gourdy, qui doit se confronter à la concurrence de Joao Fernandes, formidable Pluton de Niquet. Quant à Olivier Cesarini, il peine audiblement dans une tessiture trop grave pour lui. Les petits rôles sont en revanche excellents (mention spéciale à la radieuse nymphe d’Apolline Raï-Westphal, qui perd la voix dans une scène assez comique), ainsi que le toujours transparent Chœur de chambre de Namur, très sollicité ici.

Commentaires

VOUS AIMEZ NOUS LIRE… SOUTENEZ-NOUS

Vous pouvez nous aider à garder un contenu de qualité et à nous développer. Partagez notre site et n’hésitez pas à faire un don.
Quel que soit le montant que vous donnez, nous vous remercions énormément et nous considérons cela comme un réel encouragement à poursuivre notre démarche.
Proserpine

Note ForumOpera.com

3

Légende

❤️❤️❤️❤️❤️ : Exceptionnel
❤️❤️❤️❤️🤍 : Supérieur aux attentes
❤️❤️❤️🤍🤍 : Conforme aux attentes
❤️❤️🤍🤍🤍 : Inférieur aux attentes
❤️🤍🤍🤍🤍 : À oublier

❤️❤️❤️❤️❤️ : Exceptionnel
❤️❤️❤️❤️🤍 : Supérieur aux attentes
❤️❤️❤️🤍🤍 : Conforme aux attentes
❤️❤️🤍🤍🤍 : Inférieur aux attentes
❤️🤍🤍🤍🤍 : À oublier

Note des lecteurs

()

Votre note

/5 ( avis)

Aucun vote actuellement

Infos sur l’œuvre

Tragédie en musique en un prologue et cinq actes de Philippe Quinault
Créée à Saint-Germain-en-Laye en 1680

Détails

Proserpine, la Victoire
Marie Lys
Cérès, l’Abondance
Véronique Gens
Pluton
Olivier Gourdy
Aréthuse, la Paix
Ambroisine Bré
Alphée
Laurence Kilsby
Mercure
Nick Pritchard
Ascalaphe
Olivier Cesarini
Cyané, la Félicité
Apolline Raï-Westphal
Crinise, la Discorde
Jean-Sébastien Bou
Jupiter
David Witczak

Chœur de chambre de Namur
Les Talens lyriques
Direction musicale
Christophe Rousset

3 CD Château de Versailles-Spectacles CVS 187 ; durée 2h50 ; enregistré en juin 2025 ; livret illustré de 106 pages en anglais et français.

Nos derniers podcasts

Nos derniers swags

En attendant le bicentenaire…
CDSWAG

Les dernières interviews

Les derniers dossiers

Zapping

Vous pourriez être intéressé par :

Une enquête passionnante
Livre