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Régine Crespin, a tribute

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CD
12 novembre 2017
La Lionne apprivoisée

Note ForumOpera.com

4

Infos sur l’œuvre

Détails

CD 1 Airs d’opéras

Orchestre du Théâtre national de l’Opéra de Paris / Orchestre symphonique (?)

Direction musicale

Otto Ackermann / Jean Laforge

Enregistré à Paris en janvier-février 1958 / en avril-mai 1958

CD 2 Régine Crespin Sings Wagner

Orchestre national de la Radiodiffusion française

Direction musicale

Georges Prêtre

Enregistré à Paris en février et avril 1961

CD 3 Régine Crespin chante l’opéra français

Orchestre symphonique (?)

Direction musicale

Jésus Etcheverry

Enregistré à Paris en mai 1961

CD 4 Italian Operatic Arias

Orchestra of the Royal Opera House, Covent Garden

Direction musicale

Edward Downes

Enregistré à Londresen mai-juin 1963

CD 5 Shéhérazade – Nuits d’été

Orchestre de la Suisse Romande

Direction musicale

Ernest Ansermet

Enregistré à Genève en décembre 1963

CD 6 Verdi Arias

Orchestre de la Société des Concerts du Conservatoire

Direction musicale

Georges Prêtre

Enregistré à Paris en décembre 1963 et mai 1965

CD 7 Schumann – Mélodie française

John Wustman / Janine Reiss, piano

Enregistré à Paris en juin 1966 / en mai-juin 1972

CD 8 Récital Schumann Wolf Debussy Poulenc

John Wustman, piano

Enregistré à Londres en mai 1967

CD 9 Les Troyens / Hérodiade / Dialogues des carmélites / La Vie parisienne

Orchestre du Théâtre national de l’Opéra de Paris / Orchestre du Capitole de Toulouse

Direction musicale

Georges Prêtre / Pierre Dervaux / Michel Plasson

Enregistré à Paris en janvier 1965 / mai 1963 / janvier 1958 / à Toulouse en mai 1976

CD 10 Tosca – Carmen – La Périchole – chansons

Orchestre du Théâtre national de l’Opéra de Paris / Orchestre Philharmonique de Strasbourg

Direction musicale

Georges Prêtre / Alain Lombard

Enregistré à Paris en novembre 1960 / à Strasbourgen 1974 et février 1976

Coffret de 10 CD Warner – 59’30 + 41’42 + 44’51 + 45’35 + 46’41 + 44’32 + 77’57 + 49’00 + 56’53 + 77’53

Dix ans que Régine Crespin nous a quittés, mais quarante ans depuis ses derniers disques. Warner a eu bien raison de rendre hommage à la plus grande soprano française de l’après-guerre, qui n’eut jamais dans son pays la reconnaissance qu’elle avait pourtant amplement méritée. Dix CD, c’est bien, mais c’est finalement peu compte tenu de la stature de cette artiste : cela reflète néanmoins le scandaleux sous-emploi dont Crespin fut alors victime de la part d’EMI, puisqu’elle ne fut sollicitée pour aucune des intégrales qui auraient dû apparaître comme autant d’évidences. Elle fut un peu plus gâtée chez Decca, qui lui permit de participer à un Rosenkavalier et à La Walkyrie.

Pour ce coffret, on n’a pas cherché ici à bourrer le minutage pour faire tenir le maximum de musique sur les galettes comme l’a fait Deutsche Grammophon, avec des résultats parfois curieux, pour son récent hommage à Gundula Janowitz. Warner a décidé de respecter les programmes des différents récitals gravés à partir de 1958 et jusque dans les années 1970, où une crise vocale poussa Crespin à tenter de se réinventer en mezzo-soprano : la plupart de ces disques ne dépassent donc pas les 45 minutes, durée normale d’un 33-tours. Les CD les plus longs sont le fruit d’assemblages conçus pour l’occasion (les deux derniers, en particulier, tiennent un peu du pot-pourri où se rencontrent les œuvres les plus diverses, la cocotte Métella côtoyant Madame Lidoine). Le tout premier CD est complété par deux airs enregistrés dans le cadre d’un « Panorama de l’Opéra français » publié par le Club français du disque et qui faisait intervenir bien d’autres artistes (mesdames Gorr, Sarroca, Scharley, messieurs Lance, Vanzo, Massard, etc.). Et le CD 7 réunit deux disques de mélodies, gravés avec deux pianistes différents.

Quelques lacunes inévitables, donc : rien de Richard Strauss, alors que Crespin fut une très grande Maréchale. Pas trace non plus de la Pénélope de Fauré, où elle fut mémorable. Manque aussi peut-être le Stabat Mater de Poulenc, paru en 1964.

Dans Wagner, la suprématie crespinienne fut clairement reconnue en son temps, notamment par une invitation à se produire à Bayreuth de 1958 à 1961, puis à Salzbourg en 1967. Magnifique Elisabeth, splendide Elsa, Crespin savait conférer à ces personnages une générosité latine qui ravit dans le répertoire germanique. Son timbre laiteux et la pureté de son émission donnent l’impression d’une voix qui s’élance sans effort apparent dans les partitions les plus lourdes, affrontant sans forcer l’orchestre wagnérien, et sans jamais sacrifier la diction, comme tant d’autres par la suite se croiraient autorisées à le faire…

Dans le répertoire italien, il existait encore dans les années 1960 une redoutable concurrence, qui rend peut-être moins exceptionnel le témoignage crespinien : de nos jours, le public sauterait au cou d’une artiste de ce calibre, mais les verdiennes et les pucciniennes hors-pair existaient alors en abondance. Outre le disque exclusivement consacré à Verdi, l’opéra italien est bien sûr présent sur les CD 1 et 4, sans oublier les extraits d’une Tosca en français (CD 10). Plus peut-être que la Leonora du Trouvère, Amelia du Bal masqué convient fort bien à Crespin, comme le montre un beau « Morrò » (CD 4), et un superbe « Orrido campo » (CD 5). Si les graves impressionnent, si l’aigu est pulpeux, on regrette l’absence du contre-ré bémol dans la scène de somnambulisme de Macbeth (madame Crespin triche un peu, en remplaçant la série fa-la-ré-ré par ré-fa-la-ré). On s’amusera peut-être de l’entendre enchaîner Eboli et Elisabeth, mais cela nous rappelle simplement que les tessitures des deux personnages ne sont pas si différentes (et l’on s’indignera à juste titre que la traduction italienne ait été préférée à l’original, pour un enregistrement réunissant une chanteuse française, un chef français et un orchestre français. Autres temps, autres mœurs…). Un des rares doublons de ce coffret permet aussi de comparer la maturation de l’artiste : la Desdémone de 1963 paraît ainsi nettement plus affirmée que celle de 1958, avec un personnage plus consistant. Sur le plan dramatique, on peut aussi remarquer une évolution. Dans son récital italien de 1963 (CD 4), Crespin sonne un peu trop distinguée pour Santuzza ou même pour Gioconda, dont le « Suicidio » paraît bien peu viscéral (et ce n’est pas la réserve typiquement britannique de l’orchestre de Covent Garden qui l’aidera). Trop grande dame pour la petite mousmé Butterfly, l’interprète laisse quand même affleurer son tempérament par endroits, avec toujours cette distinction majestueuse plus adaptée à la Marguerite de Boito.

Dans le répertoire français aussi, on est d’abord frappé par l’extrême pudeur de l’interprétation : nous sommes en studio, bien sûr, mais c’est aussi l’époque qui le voulait ainsi. Si Crespin pouvait être une lionne sur scène, le disque la trouve presque placide pour l’air des Lettres, et Charlotte paraît ici presque trop maîtresse d’elle-même par rapport aux émotions que le texte et la musique expriment. On n’adressera pas le même reproche aux sélections d’extraits (inimitable noblesse des deux héroïnes des Troyens, très belle Salomé dans Hérodiade), même si l’entourage n’y est pas toujours aussi glorieux qu’on le voudrait. Irremplaçable, on le savait, le disque d’airs d’opéra français (CD 3), rempli de pages magnifiques, et où la direction de Jésus Etcheverry fait ressortir la mollesse intolérable de Jean Laforge, surtout dans Alceste (CD 1). Drôle d’idée d’avoir inclus le Roi de Thulé dans sa version Gounod en s’arrêtant dès la fin de la ballade, même si personne ne se serait attendu à Régine Crespin dans l’air des bijoux. Après elle, qui pourra maintenant redonner vie à Sigurd ou à La Reine de Saba ? Enfin, Anna Caterina Antonacci a prouvé qu’il était possible d’être Cassandre après Crespin, tous les espoirs sont donc permis.

Le coffret nous rappelle enfin que Crespin fut aussi une mélodiste, pas seulement adepte de la mélodie avec orchestre, comme dans le fameux disque Ravel-Berlioz enregistré avec Ernest Ansermet, mais également une Liedersängerin et une pratiquante de la mélodie française. Qui est ce John Wustman qui l’accompagnait ? Né en 1930, ce pianiste américain travailla avec les plus grands (Schwarzkopf, Pavarotti, Christa Ludwig…). Les Fauré et certains Duparc pourront sembler un peu lents quand même. Les extraits d’opérette prouvent que la diva avait de l’humour, ce que confirme une chanson comme « La Tantina de Burgos » à la fin du dernier disque. 

______

> Commandez ce coffret ! Régine Crespin – A Tribute (10 CD)

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CD 6 Verdi Arias

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CD 7 Schumann – Mélodie française

John Wustman / Janine Reiss, piano

Enregistré à Paris en juin 1966 / en mai-juin 1972

CD 8 Récital Schumann Wolf Debussy Poulenc

John Wustman, piano

Enregistré à Londres en mai 1967

CD 9 Les Troyens / Hérodiade / Dialogues des carmélites / La Vie parisienne

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Enregistré à Paris en janvier 1965 / mai 1963 / janvier 1958 / à Toulouse en mai 1976

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Orchestre du Théâtre national de l’Opéra de Paris / Orchestre Philharmonique de Strasbourg

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Georges Prêtre / Alain Lombard

Enregistré à Paris en novembre 1960 / à Strasbourgen 1974 et février 1976

Coffret de 10 CD Warner – 59’30 + 41’42 + 44’51 + 45’35 + 46’41 + 44’32 + 77’57 + 49’00 + 56’53 + 77’53

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