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Aïda

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CD
26 mars 2009
Une Saint-Ambroise d’exception

Note ForumOpera.com

4

Infos sur l’œuvre

Détails

Giuseppe Verdi (1813-1901)

Aïda

Opéra en quatre actes (1871)
Livret d’Antonio Ghislanzoni d’après Mariette

Aïda : Antonietta Stella
Radamès : Giuseppe Di Stefano
Amneris : Giulietta Simionato
Amonasro : Giangiacomo Guelfi
Ramfis: Niccola Zaccaria
Il re: Silvio Majonica
La prêtresse : Mirella Parutto
Un messager : Giuseppe Zampieri

Choeurs et orchestre de du Teatro alla Scala de Milan
Direction musicale : Antonino Votto

Enregistré le 7 décembre 1956, à la Scala

Double CD Dynamic IDIS 6565/66 – mars 2009

Les 7 décembre, fête de Saint Ambroise, ont toujours été, et restent, un jour très particulier pour les Milanais dont c’est le Saint Patron, et en particulier pour les amoureux de la Scala qui ouvre sa saison ce soir là. Dans les années 1950 déjà, cette ouverture était un événement mondain majeur. Surtout, en ces temps bénis, rivalisaient à chaque ouverture de saison les plus grands ténors du monde, Giuseppe Di Stefano, Franco Corelli (en 1954) et Mario Del Monaco (en 1953, 1955 et 1959). En 1956, c’est le premier cité qui accompagne un cast exceptionnel, entièrement italien, avec Antonietta Stella et Giulietta Simionato notamment. Les commentateurs de l’époque (http://www.youtube.com/watch?v=7C4j-w2Oc9Q) ont salué la production scénique, qualifiée même de « révolutionnaire » (?)…

Ce double CD, édité à prix raisonnable et tout à fait comparable à une précédente édition de la même soirée chez GOP en 2006, ne permet évidemment pas de s’en rendre compte. L’édition est de fort modeste qualité (le nombre de pixels sur la photo de couverture permet à peine de reconnaître Radamès ; aucun livret ni commentaire) et le son laisse parfois à désirer (et pas seulement à cause du souffleur que l’on entend nettement).  Qu’importe, ce qu’on y entend appelle des commentaires superlatifs.

Certes, on pourra gloser sur l’inadéquation stylistique et vocale de Giuseppe Di Stefano au rôle de Radamès. Les portamenti sont d’un goût toujours douteux, certaines tentatives de piani courent au crac discret (duo avec Aïda de l’acte III), il est souvent trop bas… mais enfin, quelle insolence dans le timbre, quelle vaillance ! Transcendé, le ténor sicilien, attaque le duo final dans une demi-teinte à faire frissonner. Un an après sa mort, en mars 2008, ce disque donne un nouveau témoignage, étonnant à bien des égards, d’un artiste exceptionnel, que ses successeurs ont vénéré.

Sa partenaire est Antonietta Stella, alors à l’apogée de sa carrière, à à peine 27 ans. Aïda, dès le milieu des années 1950, était devenue un de ses rôles de prédilection, qu’elle a transporté en Europe (Covent-Garden en 1955) et sur le continent américain, au Met et au Teatro Colon en particulier dans les premiers mois de 1956. Son spinto convient parfaitement au rôle. La captation live retrace bien l’excitation du public en particulier dans une scène du Nil anthologique.

Mais du côté féminin, la palme de la soirée revient surtout à l’Amneris de Giulietta Simionato. On en a connu des plus sombres, c’est vrai, mais son timbre lyrique tire le rôle vers une jeunesse et une fougue convaincante, qui met en valeur la ligne de chant verdienne.

Giangiacomo Guelfi n’a pas exactement les mêmes arguments à faire valoir. C’est un Amonasro chef de guerre puissant et noir qu’il caractérise, avec une voix au diapason. Dans les quelques pages plutôt rapides, que Verdi, une fois n’est pas coutume, a consacré au baryton, cela suffit et Guelfi il emporte la conviction. Autre clef de fa, Niccola Zaccaria campe un Ramfis de très grande classe.

A la baguette, Antonino Votto, malgré d’assez nombreux décalage entre la fosse et le plateau, électrise tout le monde et conduit la compagnie à un succès marqué par de très nombreux applaudissements, maladroitement coupés au montage.

Dans une discographie longue comme un obélisque de Louxor, ce souvenir de l’année 1956 prend dignement sa place. Stella, largement éclipsée par Callas ou Tebaldi, Di Stefano, plus souvent apprécié pour ses Rodolfo, Cavaradossi ou Edgardo, Simionato surtout, valent le déplacement et méritent de figurer dans toute discothèque verdienne.

 

 

 

 

 

Jean-Philippe THIELLAY

 

 

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