Le directeur du Baltic Opera Festival, Tomasz Konieczny, met un point d’honneur à participer à l’épanouissement de l’art lyrique dans son pays. Programmer die Walküre, comme il l’explique lui-même, c’est l’occasion pour les artistes locaux de découvrir et de pratiquer ce répertoire germanique à son plus haut niveau.
C’est également le cas ce soir avec une seconde proposition, celle du Polish Wedding – le mariage polonais – une opérette créee à Zurich en 1937 avant un succès retentissant dans l’Europe entière. Traduit en huit langues, le livret fut applaudi notamment au Theater an der Wien, au Teatr Wielki à Varsovie ou encore au Teatro Fontalba à Madrid avant que le compositeur, Joseph Beer, juif polonais, ne fut forcé de fuir l’Anschluss.
En effet, comme c’est le cas depuis quatre ans avec sa première édition, le Baltic Opera Festival entend contribuer au tissu créatif local en achetant chaque année une production clé en main à une structure culturelle polonaise en charge de créer un spectacle dont la première a lieu début juillet. Chose faite cette année avec l’Opéra de Wroclaw, qui met son chœur, son ballet et son orchestre au service de cette redécouverte.

© Krzysztof Mystkowski/ Baltic Opera Festival
La distribution ne manque ni de talent, ni de charme, et Joseph Beer est indéniablement un plaisant mélodiste. Malheureusement la mise en scène de Pawel Miskiewicz se révèle pour le moins décousue. Cela est accentué par les costumes de Marta Szypulska et Kacper Lyszczarz qui oscillent entre superbe et improbable sans ligne directrice claire. De même, ajouter un trio de jazz – excellent au demeurant – ou encore des airs traditionnels a cappella enrichit la proposition mais en appuie également l’aspect foutraque. Il nous semble plus assister à une revue qu’à une pièce d’un seul tenant. Or, en terme narratif, la logique est parfaite.
La bluette et le kitsch cèdent parfois le pas à une scène sadomasochiste où le vieillard aspirant à une cinquième union avec une jeunette se trouve grimé en cochon de latex. Des fleurs de papier envahissent la scène finale et l’on se croirait dans une kermesse alors que l’apparition des quatre épouses défuntes de ce Barbe-Bleue poméranien nous offre au contraire un moment poignant : tandis que le chœur ponctue chaque destin brisé d’une ligne musicale, elles défilent tour à tour pour raconter leurs déboires matrimoniaux face à une future mariée effondrée.
Côté chorégraphie, le contraste ne pourrait être plus grand depuis les danses villageoises jusqu’aux bunny-girl hyper sexy en passant par valse ou polka.
Les projections vidéo de Marek Kozakiewicz et Oliwia Szanajca-Kossakowska, quant à elles, nous transportent au cœur d’un sombre carnaval, celui d’une danse macabre. L’idée d’évoquer les affres de la grande histoire qui planent au dessus du compositeur – alors même qu’il écrit une musique pleine de légèreté – n’est pas mauvaise, mais le fil conducteur se perd à trop surligner le contexte.
Face à cette exubérance visuelle le cast vocal s’investit avec une belle énergie et d’indéniables talents de comédiens au service de cette histoire de double mariage sous le joug tsariste. Piotr Buszewski domine la production. Le ténor, qu’on pourra entendre à nouveau cette année au Metropolitan Opera en Tamino, sera également Alfredo dans la prochaine production d’Aix-en-Provence. Le timbre est magnifique, le charme et l’aplomb indéniables. Il donne la réplique à Monika Radecka, voix pleine,fraîche, aux très beaux aigus, qui était Micaela il y a encore quelques jours à Varsovie.
La survitaminée Marta Wiktorzak – mezzo corsée au bel aplomb, tant vocal que scénique, encore en formation à l’Opéra national de Pologne – s’avère une partenaire idéale pour Hubert Zapiór, membre de l’Ensemble du Komische Oper de Berlin, qui était récemment Guglielmo à l’Opéra national de Norvège ainsi qu’à Varsovie et que l’on aurait aimé entendre plus longuement.
Grzegorz Szostak et Marcin Klarman complètent avantageusement la distribution dans un couple de barbons fantaisistes.
Le niveau de ce plateau vocal rend d’autant moins compréhensible le choix d’une sonorisation assez invasive dans une salle de cinq cent places.
La direction de Lukasz Borowicz est enlevée à la tête de de l’orchestre de l’Opéra de Wroclaw, dont les violons montrent quelques faiblesses en ce soir de première.
Ce Polish Wedding s’avère donc une redécouverte indéniablement intéressante, mais en demie-teinte du fait d’une mise en scène quelque peu chaotique que l’on pourra retrouver la saison prochaine à l’Opéra de Wroclaw.

