Depuis sa fondation en 2010 par Pierre Vernes, la Paris Opera Competition a révélé des artistes tels que Julia Lezhneva, Ambroisine Bré, Anna Harvey ou encore Bogdan Volkov. L’édition 2025 du concours a offert une finale vibrante et inspirée. Plutôt que de se limiter à un enchaînement d’airs, la soirée y a inséré duos, trios et ensembles, révélant ainsi une belle complicité entre les finalistes et conférant à l’ensemble une véritable dimension théâtrale. Face au forfait d’un candidat, le ténor français Sahy Ratia a rejoint les neuf finalistes, en apportant une présence chaleureuse et se révélant totalement irrésistible en Almaviva du Barbier de Rossini. La mise en espace confiée à Florence Alayrac était particulièrement inspirée : loin d’un simple défilé, chaque numéro semblait pensé et intégré dans une ambiance propre au contenu musical. Comme toujours dans ce genre de compétition, l’appréciation de la soirée reste personnelle tant les profils différaient, et la tension d’une finale pouvait influer sur les prestations. Il faut néanmoins saluer l’engagement et l’énergie de tous les finalistes. À la tête d’un orchestre spécialement réuni pour l’occasion, Victor Jacob a par ailleurs assuré un accompagnement tonique et sensible.
On rejoindra sans réserve le choix du jury qui a décerné le premier Prix à Steffan Lloyd Owen : doté d’un legato somptueux et d’une diction impeccable, il a littéralement irradié de beauté l’air « Vision fugitive » d’Hérodiade de Massenet. Le jeune baryton anglais s’est montré tout aussi convaincant dans le duo Nemorino / Belcore de L’Elisir d’amore, où son autorité vocale et scénique s’est affirmée avec une aisance remarquable. Le deuxième Prix est revenu à Elene Gvritishvili, chantant tout d’abord un « Tanti affetti » de La donna del lago très en place, techniquement solide, mais manquant de panache dans les coloratures. La soprano russe s’est en revanche pleinement épanouie en Almirena, dans un duo extrait de Rinaldo de Haendel : style irréprochable, ornementation délicate, aigu lumineux. Grand triomphateur à l’applaudimètre et, sans surprise, vainqueur du Prix du Public, Théo Imart a par ailleurs obtenu le troisième Prix du Jury. Dans le « Parto » extrait de la Clémence de Titus, le contre-ténor français a surmonté avec insolence les folles vocalises de Sesto, tout en rivalisant de musicalité et d’intensité émotionnelle avec la clarinette solo. Théo Imart a, en fin de concert, une nouvelle fois montré en Idamante, sa parfaite aisance avec le répertoire mozartien.
Les prestations des autres candidats ont laissé une impression plus contrastée. Splendide en Rodelinda, la soprano française Camille Chopin a ému dans la première partie du « Regnava nel silenzio » de Lucia di Lammermoor, mais s’est montrée moins souveraine dans les coloratures finales. Doué d’une belle présence scénique, le baryton israélien Noam Heinz s’est montré à l’aise tant dans le parlando rossinien que dans les atmosphères jazzy et introspectives du Trouble in Tahiti de Bernstein. Bien trop léger dans La Fille du Régiment, malgré une série de contre-ut parfaitement négociés, le ténor Aaron Godfrey-Mayes a été plus convaincant dans la ligne mozartienne d’Idomeneo. Dans leur duo de Norma, Kathryn Henry et Gabrielle Beteag ont manqué de cohésion, gênées par un tempo bien trop lent. Auparavant, la mezzo américaine n’avait pas su pleinement convaincre en Azucena du Trouvère, avec une interprétation encore timide et dépourvue de véritable tension dramatique. La soprano anglaise avait quant à elle livré un « Song to the moon » (Rusalka) trop entaché de vibrato pour émouvoir. Enfin, dans un extrait « Vedrò con mio diletto » du Giustino de Vivaldi, les tensions dans l’aigu ont mis à mal le contre-ténor José Andrés Muñoz, malgré un réel sens stylistique et une belle imagination dans les da capo.

