Le festival d’été du Maggio musicale de Florence consiste cette année essentiellement en une version de la Bohème adaptée par Paolo Fresu, un concert dédié à Ennio Morricone et en la reprise du Barbier de Séville déjà proposé en 2024. Il s’agit en l’occurrence d’une énième reprise de la mythique mise en scène de Damiano Michieletto inaugurée en 2005 au Teatro Romano di Fiesole et conçue pour l’extérieur. C’est Stefania Grazioli qui reconstitue pour trois représentations le spectacle minimaliste : le décor se réduit à une vaste caisse noire et à des panneaux latéraux de même teinte servant de coulisses, avec quelques chaises et échelles comme accessoires principaux. Lorsque commence le spectacle à la tombée de la nuit dans la Cavea, à savoir sur l’espace situé sur le toit du théâtre, on se dit qu’on va sans doute passer une pauvre soirée, tant les moyens semblent limités, la soufflerie intense et dérangeante, sans compter les bruits parasites d’un quartier bien sonore. Or, très vite, on se laisse prendre à l’évidente vis comica des comédiens, très commedia dell’arte, au rythme frénétique et millimétré où l’on ne s’ennuie pas une seconde ainsi qu’à l’esprit malin et efficace d’une mise en scène farcie de brio et de bonnes idées. Si l’on n’éclate pas forcément de rire sans cesse, il est bien difficile de ne pas sourire continument. Par ailleurs, la soufflerie se fait oublier jusqu’à disparaître et les bruits parasites du quartier s’effacent pour une qualité d’écoute optimale pour du plein air.

Le voyage musical commence par une annonce : le départ du Florence/Séville. L’ouverture sera ainsi l’occasion du mime d’une expédition en train chahutée et endiablée. Chanteurs et figurants s’en donneront à cœur joie durant toute l’aventure, en multipliant les chorégraphies entre bouffe et naturel, à grands coups de batailles de gourdes ou de pistolets à eau. On pense beaucoup à la géniale version de Dario Fo, notamment pour les jeux de parapluies et les mouvements de groupes, organisés comme de grandes vagues humaines. Mais là où Dario Fo s’approchait visuellement du jeune Goya, dans des dégradés pastel, les couleurs sont ici hyper saturées et les costumes de réjouissantes transcriptions de caricatures romantiques. Basilio, en particulier, a l’habit qui se termine en queue verte et ressemble à un serpent, voire un basilic. Les jeux de mots visuels sont nombreux. Le travail de Damiano Michieletto est mieux qu’intéressant et l’on comprend aisément l’engouement qu’il suscite sur le public.

Le plateau vocal est très équilibré, à commencer par Min Kim, affublé d’une perruque se terminant en oreilles de renard ou en forme de cœur, impeccable en Figaro à la fois rusé et tendre. La voix est souple, l’interprétation charismatique et la verve comique certaine. La jeune Alexandra Meteleva est délicieuse en Rosine au caractère bien trempé et à la détermination sans faille. Ravissante, vive et virevoltante, la mezzo nous offre un « Una voce poco fa » comme à la parade, vocalises envoyées comme si de rien n’était. Le timbre est frais et respire la santé. À ses côtés, Marco Ciaponi incarne un Almaviva charmant, à la grande beauté du timbre et une flexibilité appréciable que magnifie encore la force de projection. Roberto De Candia est impayable en Bartolo, pour qui la vélocité rossinienne n’a aucun secret et qu’il maîtrise crânement dans le chant sillabato, tout en élégance. Giorgio Caoduro est un Basilio de premier choix, mais curieusement, sa « Calunnia » laisse quelque peu sur sa faim, les graves tout comme les aigus manquant de force, mais peut-être était-ce là l’effet de la Première, le rôle buffa s’affirmant au fil de la soirée. Le jeune Gonzalo Godoy Sepúlveda se tire sans difficulté de ses deux rôles. D’abord très effacée et quasi souffreteuse (elle éternue divinement), la jeune Aloisia de Nardis s’affirme très fortement, totalement déchaînée dans « Il vecchietto cerca moglie », devenu un véritable air de bravoure. La jeune soprano est à surveiller et affiche de formidables qualités qui magnifient un timbre fort séduisant.
Le chœur du Maggio Musicale Fiorentino, placé sur le côté de l’orchestre, a beau être en retrait, il soutient efficacement les solistes, offrant une belle profondeur et soulignant un chant globalement superbement projeté. Et il faut également louer l’excellent travail du tout jeune chef Riccardo Bisatti qui sait donner rythme, cadence et garder l’équilibre entre les voix et un orchestre très en forme. Voici un Barbier de très belle qualité…

