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WAGNER, Der fliegende Holländer – Erl

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Spectacle
19 juillet 2026
Une tempête sous un crâne

Note ForumOpera.com

5

Infos sur l’œuvre

Opéra romantique en trois actes de Richard Wagner
Livret du compositeur
Création à Dresde (Opéra) le 2 janvier 1843

Détails

Mise en scène et lumières
Josef E. Köpplinger
Décors
Rainer Sinell
Costumes
Birte Wallbaum
Video
Meike Ebert, Christian Gasteiger, Raphael Kurig

Der Holländer
Christopher Maltman
Senta
Nina Bezu
Daland
Gábor Bretz
Erik
Jamez McCorkle
Mary
Shannon Keegan
Der Steuermann
Matthew Newlin

Orchestre et chœur du Tiroler Festspiele Erl
Direction musicale
Asher Fisch

Tiroler Festspiele Erl, Passionsspielhaus, vendredi 17 juillet 2026, 19h

Erl, souvent appelé « le Bayreuth autrichien » du temps où les œuvres de Wagner y occupaient principalement le programme du festival, a présenté plusieurs Vaisseau fantôme, dont celui de 2010 dont nous avions rendu compte. L’œuvre retrouve ce soir le théâtre de la Passion, un lieu difficile théâtralement parlant. Construit en 1959 pour accueillir tous les six ans les représentations des Mystères de la Passion, ce théâtre a la particularité de ne comporter aucun espace d’accueil, ni hall ni foyer. La salle de 1 500 places et la scène, tout en béton mais bénéficiant d’une bonne acoustique, cependant un peu sèche, ne disposent que d’une installation minimaliste : pas de fosse, ce qui oblige le plus souvent à positionner l’orchestre derrière la scène, un plateau de 25 mètres d’ouverture mais se rétrécissant vers le fond, et sur les côtés, au lieu des pendrillons, deux murs en béton percés d’une petite porte… Bref il faut vraiment une excellente équipe pour tirer le meilleur parti de ces conditions très particulières. Or les artistes réunis pour assurer la présentation d’aujourd’hui sont certainement parmi les meilleurs dont on puisse rêver. Et ils ont déjà réalisé deux changements importants : placer l’orchestre dans une fosse au centre de la scène, ménageant tout autour plusieurs espaces de jeu ; et recouvrir les murs en béton de lattes de bois qui améliorent encore l’acoustique.

Le metteur en scène Josef E. Köpplinger, directeur artistique du Gärtnerplatztheater de Munich, sans pour autant abandonner ses idées personnelles, ne cherche pas à révolutionner la scénographie de l’œuvre, mais affiche une totale fidélité aux souhaits exprimés par Wagner tout en transposant l’histoire au début des années 1840, au moment de la composition de l’opéra, et privilégie donc la rédemption au drame psychologique. Et tout d’abord en mettant Senta au cœur de l’intrigue, en la présentant comme la source et la conductrice de l’histoire. C’est ainsi que la malheureuse se retrouve à l’avant-scène pendant tout le premier acte, à jouer avec un projecteur de cinéma et une maquette de navire aux voiles rouges…

Bien sûr, il peut sembler étrange dans ces conditions que Senta passe son temps à projeter sans cesse un film où revient le Hollandais, puisque le cinéma n’existait pas en 1840… (pas plus que les machines à coudre sur châssis en fonte). Mais cela aussi doit faire partie du rêve permanent dans lequel elle se réfugie. Car l’image animée, plutôt que de représenter un véritable film selon nos critères d’aujourd’hui, concrétise les tempêtes qui soufflent dans sa tête, et essentiellement ses idées d’évasion d’un monde dans lequel elle ne trouve pas sa place, et n’est pas reconnue. De l’image projetée à l’arrivée du Hollandais en chair et en os, le transfert se fait sans heurts. Mais son arrivée ne détournera pas l’héroïne de ses hallucinations, ni de sa folie qui culmine dans son suicide lorsqu’elle se jette à la fin du haut d’une falaise.

© Photos Tyroler Festspiele Erl / Xiomara Bender

On est évidemment marqués par la violence des vidéos de tempête qui, sur presque 50 mètres de large, entraînent les spectateurs dans un flot impétueux répondant à celui de l’orchestre. Rien que de très classique, Erl ne semble pas vouloir bousculer la tradition, mais c’est très bien fait et tout à fait spectaculaire. Le décor de Rainer Sinell, où l’orchestre se retrouve sur le pont supérieur d’un navire battu par la tempête, participe de la mise en place de l’univers onirique de Senta, tandis que les costumes réalistes et évocateurs de Birte Wallbaum concrétisent le monde réel qui l’entoure.

La distribution, sans faille et solidement encadrée, se coule avec naturel dans le moule ainsi préparé. À commencer par la Senta de Nina Bezu, qui correspond parfaitement à la description qu’en fait Wagner : « Le caractère rêveur de Senta ne doit pas être interprété comme une forme de sentimentalisme (…). Au contraire, Senta est une jeune fille nordique au caractère bien trempé ». Habituée au rôle de Salomé, Nina Bezu n’a aucun mal à donner au personnage un caractère violent et vindicatif. Tiraillée entre les images artificielles et la réalité, sa Senta s’évade dans des rêves infinis exprimés d’une voix de grande étendue, allant d’un mezzo sombre à des aigus resplendissants. Sa ballade du deuxième acte constitue bien le moment central de l’opéra : Wagner a toujours indiqué, dans ses écrits, que c’est le premier élément qu’il a composé (« c’était l’image condensée de tout le drame »), à partir duquel toute l’œuvre a été déclinée (« il m’a suffi de développer les différents germes thématiques contenus dans la ballade »). Nina Bezu y déploie une infinité de postures et d’intonations, et rend particulièrement impressionnant ce morceau de bravoure.

A ses côtés, le Hollandais de Christopher Maltman est d’un niveau véritablement exceptionnel. Le baryton héroïque anglais, déjà admiré notamment pour ses Don Giovanni, Iago, Wotan et Hans Sachs, aborde ce nouveau rôle. Il y est tout à fait remarquable, tant au niveau du style, de la prononciation de l’allemand claire et précise que de la stature du personnage et de sa construction dramatique mêlant la virilité de sa voix puissante et enjôleuse à la fois à de nombreuses touches de raffinement, sans pour autant occulter la charge démoniaque et érotique du personnage.

Gábor Bretz, baryton basse hongrois dont on avait apprécié notamment ses Don quichotte à Paris et à Bregenz, est un Daland englué dans ses certitudes de père de famille voulant le bonheur de sa fille, qu’il vend quand même à un inconnu de passage… Mais sa voix charmeuse et un jeu très théâtral rendent quand même le personnage sinon sympathique, du moins attachant. Ce que rend bien le baiser que lui donne Senta avant de se suicider.

Jamez McCorkle, ténor américain chantant notamment Parsifal et Siegmund, est tout aussi éblouissant, certainement l’un des meilleurs Erik du moment. Sa voix claire, son style parfait, son personnage d’une grande lisibilité en font un partenaire de choix pour Senta.

Dans le rôle de Mary, Shannon Keegan, mezzo-soprano américaine, a été formée notamment à l’opéra studio de Stuttgart où elle a abordé ses premiers grands rôles. Avec une belle couleur de voix et des nuances soignées, elle mène à la baguette ses fileuses/couseuses quelque peu indisciplinées. Enfin, Matthew Newlin, ténor lyrique américain qui a longtemps fait partie de la troupe du Deutsche Oper de Berlin, où il a tenu un grand nombre de premiers rôles de son emploi, nous offre un pilote de haute volée.

La direction du chef Asher Fisch est pour beaucoup dans la réussite de l’ensemble. Directeur musical du Festival du Tyrol à Erl depuis la saison 2024/25, il est aussi un des spécialistes de Wagner, dont il a enregistré deux cycles complets du « Ring » ainsi que « Tristan et Isolde ». Sa direction est puissante et nuancée à la fois, avec d’excellents tempi. Les chœurs, quant à eux, ont offert une fort belle prestation, aussi bien musicale que scénique, domaine où ils sont accompagnés par d’excellents figurants tout aussi impliqués.

Prochaine représentation le 26 juillet 2026

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Josef E. Köpplinger
Décors
Rainer Sinell
Costumes
Birte Wallbaum
Video
Meike Ebert, Christian Gasteiger, Raphael Kurig

Der Holländer
Christopher Maltman
Senta
Nina Bezu
Daland
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Jamez McCorkle
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Shannon Keegan
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