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WAGNER, Tristan und Isolde – Montpellier (Festival Radio-France)

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Spectacle
13 juillet 2026
Coup de chaud à Montpellier

Note ForumOpera.com

3

Infos sur l’œuvre

Action lyrique en trois actes
Musique et livret de Richard Wagner
Création à Munich le 10 juin 1865

Détails

Tristan
Stuart Skelton
Isolde
Anja Kampe
Roi Mark
Kwangchul Youn
Kurwenal
Iain Paterson
Brangäne
Tanja Ariane Baumgartner
Melot
Alex Marev 
H
irt et junger Seemann
Bergsvein Toverud
Steuermann
Clemens Frank

Chœur d’hommes de radio france
Orchestre philharmonique de Radio-France
Direction musicale
Jaap van Zweden

Montpellier (Le Corum), samedi 11 juillet 2026, 18h
(Version de concert)

 

A ceux qui doutaient encore de ce que représente en terme d’énergie (positive cela va de soi !) dépensée une production de Tristan und Isolde (fût-elle en version de concert), l’unique représentation du 11 juillet dans le cadre du Nouveau Festival Radio-France Occitanie Montpellier aura servi de parfaite illustration.
C’est le troisième acte qui aura révélé l’ampleur de la difficulté de chanter sur une scène de toute évidence bien moins climatisée que la salle elle-même. Par ces journées de canicule extrême à Montpellier, se lancer dans Tristan relève d’un défi difficilement commensurable. Le pauvre Iain Paterson (Kurwenal) a fini par y perdre entièrement sa voix, et le colosse Stuart Skelton a également terminé sa prestation au bord de l’épuisement (mais enfin existe-t-il dans l’histoire de la musique un rôle aussi assassin pour un chanteur que le Tristan du troisième acte ?). Entre le premier et le troisième acte Skelton a dû boire sur scène l’équivalent de trois bouteilles d’eau, il s’est départi de sa veste, puis de son gilet de costume et finalement, pendant le III, il a même arraché ses boutons de manchettes mousquetaires pour retrousser ses manches ; à la fin il lui arrivait même de ne pas se lever de sa chaise pour chanter, tant l’épuisement le guettait.
Pour autant, et quelles qu’aient pu être les difficiles conditions d’exécution de ce Tristan, nous avons assisté à un magnifique moment de musique ; il était étonnant d’entendre, aux deux entractes, les spectateurs échanger avec une ferveur peu commune sur les innombrables moments d’exception qui ont parsemé cette représentation.
A commencer par la prestation d’ensemble de l’orchestre philharmonique de Radio-France, dirigé par Jaap van Sweden, nommé à ce poste en 2024. A quelques jours d’intervalles, il nous aura donc été donné d’assister à deux représentations de très haut niveau d’orchestres français dans un répertoire germanique où les références ne manquent pourtant pas ; à Aix, une Femme sans ombre enlevée de main de maître par Klaus Mäkelä à la tête de l’orchestre de Paris et ce soir ce Tristan qui doit beaucoup à ses solistes instrumentistes : il faut les citer tant ils ont magnifié la partition : les premiers hautbois, violoncelle, violon, cor anglais, clarinette basse, ont su donner dans leurs interventions ce supplément d’âme qui transforme une phrase en un discours éloquent. De même les cordes (des premiers violons aux contrebasses) dans le prélude du III, ont su insuffler l’ambiance sombre et nostalgique de l’attente éperdue et désespérée de la bien-aimée.
Mais au-delà de ces individualités brillantes, c’est la prestation d’ensemble de l’orchestre qu’il faut saluer. La séduction fonctionne dès le premier accord du prélude. La lecture soignée, intelligente en ce qu’elle permet à l’auditeur de discerner chacune des intentions ; on avait l’impression de tout saisir du discours tant celui-ci était fluide, sculpté dans la masse. Et encore le soin notable apporté à ne pas couvrir les voix (s’agissant d’une version de concert, l’orchestre n’est pas en fosse, donc à même hauteur que les chanteurs avec tous les risques de submersion que cela implique) .


© Alyssa Leroy

Le plateau vocal est donc très contraint ce jour ; il n’en est pas moins convaincant et dominé par Anja Kampe, une Isolde superlative. Aidée de sa partition et d’une paire de lunettes d’une folle discrétion (et élégance), elle habite un personnage qui n’a plus de secret pour elle. Elle lance les chevaux dès l’arioso introductif et délivre un monologue au I qui met en valeur toute l’humanité du personnage : ce n’est pas tant dans les fortissimi ou les suraigus (certains étaient un peu courts) que Kampe convainc, c’est dans le mezzo tellement habité et le cantabile qu’elle sait révéler à la moindre occasion.
Stuart Skelton, le seul se passant de partition, donne de Tristan l’image d’un géant aux pieds d’argile ; ce soir Skelton a souffert de la chaleur et si ses aigus n’ont (pratiquement pas) eu à en pâtir, c’est la projection impressionnante pendant deux actes et demi, qui a fini par se montrer vacillante. Mais quel engagement de sa part, on ressent combien ce rôle lui colle à la peau et combien il a de choses à lui faire dire.
On l’a dit, Iain Paterson s’est éteint progressivement au fil des actes ; on aimera réentendre dans de meilleures conditions son Kurwenal, dont on pressent qu’il en a la maîtrise. Magnifique Roi Marke de Kwangchul Youn ; la noblesse du chant est prenante et convient si bien au personnage (notamment au III). Nous découvrons avec plaisir la voix argentée de Tanja Ariane Baumgartner qui est une Brangäne sans cesse sur le qui-vive. Il lui a fallu quelque temps au premier acte pour entrer dans son personnage mais elle l’a ensuite bien habité.
Distribution parfaitement complétée par le Melot d’Alex Marev, le timonier de Clemens Franl ; Bergsvein Toverud incarnant quant à lui le berger et le jeune marin.

Ce qui s’appelle maintenant le Nouveau Festival Radio-France Occitanie Montpellier est dirigé depuis 2023 par Michel Orier, directeur de la Musique et de la Création de Radio-France. C’est cette année (du 5 au 18 juillet) la 41e édition et deux opéras étaient programmés parmi les centaines de spectacles : Didon et Enée et, donc, ce Tristan und Isolde qui restera comme l’un des hauts faits de cette édition.

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