Forum Opéra

44e International Hans Gabor Belvedere Singing Competition – Jurmala

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Spectacle
9 juin 2026
Belles voix, émotions en option

Note ForumOpera.com

2

Détails

Eva Rae Martinez, soprano (États-Unis)
« Deh vieni, non tardar » – Wolfgang Amadeus Mozart, Le nozze di Figaro

Leah Bedenko, mezzo-soprano (États-Unis)
« Una voce poco fa » – Gioachino Rossini, Il barbiere di Siviglia

Son Jin Kim, baryton-basse (Corée du Sud)
« La calunnia è un venticello » – Gioachino Rossini, Il barbiere di Siviglia

Forooz Razavi, soprano (Iran)
« Měsíčku na nebi hlubokém » – Antonín Dvořák, Rusalka

Sungmin Park, baryton-basse (Corée du Sud)
« Ella giammai m’amò » – Giuseppe Verdi, Don Carlo

Arpi Sinanyan, soprano (Arménie)
« Tacea la notte placida » – Giuseppe Verdi, Il trovatore

Elizabeth Hanje, soprano (États-Unis)
« Addio, senza rancor » – Giacomo Puccini, La Bohème

Demetrious Sampson Jr, ténor (États-Unis)
« Che gelida manina » – Giacomo Puccini, La Bohème

Annija Kristiana Adamsone, soprano (Lettonie)
« Je veux vivre » – Charles Gounod, Roméo et Juliette

Festival Orchestre
Direction musicale
Mārtiņš Ozoliņš

Jurmala, Dzintari Concert Hall, dimanche 7 juin 2026, 17h

Un concours de chant lyrique, quelle que soit sa position sur l’échiquier mondial, est toujours riche d’enseignements. A fortiori, le Belvedere. Surnommée le « Wall street des voix », la compétition fondée en 1982 par le directeur de la Wiener Kammeroper Hans Gabor, constitue un observatoire privilégié des tendances et talents appelés à façonner le paysage vocal international.

Premier constat : l’inégalité géographique qui interroge sur la vitalité musicale de certains pays. Parmi les neuf finalistes, quatre Etats-uniens, deux Sud-coréens, plus d’Africains quand il n’y a pas si longtemps ils étaient majoritaires, et une seule européenne : Annija Kristiana Adamsone, soprano lettone dont la nationalité n’est peut-être pas étrangère à la sélection, tout comme elle a pu influencer le prix d’un public possiblement chauvin. Charmante, sa valse de Juliette chantée dans un français peu intelligible, flirte parfois avec la justesse et dans la cadence finale s’aventure sur des cimes audacieuses qu’il aurait été stylistiquement sage de ne pas escalader.

Ce qui nous amène – deuxième constat – à nous interroger sur l’accompagnement dont bénéficient – ou non – ces jeunes chanteurs. Nombreux sont les candidats dont l’air présenté en finale ne nous a pas paru être le plus à même de mettre les qualités en valeur. Ainsi Eva Rae Martinez, soprano américaine de 25 ans, dont la voix, malgré sa jeunesse, apparaît déjà trop étoffée pour Susanna. L’esprit est là, porté par une présence, la ligne est tracée d’un trait souple et continu mais la fraîcheur, la vivacité attendues dans « Deh vieni non tardar » font défaut. Ainsi Elizabeth Hanje, également soprano et américaine, égarée dans « Addio senza rancor », telle une reine dans une mansarde. Trop d’ampleur, trop de densité, trop de vibrato pour un personnage – Mimi – qui réclame davantage de fragilité et de simplicité. Ainsi Demetrious Sampson JR, ténor américain incapable d’offrir à Rodolfo le minimum requis par « Che gelida manina » : la plastique du timbre, la maîtrise du passagio, la gestion du souffle et de la lumière indispensable à l’éclosion du jeune poète. À leur décharge, cet air final est imposé par le jury et dépend du matériel orchestral à disposition.

© Pauls Zvirbulis

Troisième constat : le défaut de caractérisation. Les trois premiers prix – les barytons-basses Sungmin Park et Son Jin Kim, la soprano iranienne Forooz Razavi –, ont pour points communs, une conduite naturelle du chant, une indéniable maîtrise technique, une égalité des registres et une absence d’expression. Le premier, vainqueur de la compétition, est encore trop jeune – 26 ans ! – pour donner à éprouver les affres de Filippo II errant dans les corridors sombres de l’Escurial. L’air est de ceux dont l’interprétation ne s’épanouit qu’avec le temps et la maturité. Le deuxième possède une projection à décorner les bœufs dont il aurait pu faire meilleur usage pour que la « calomnia » éclate comme il se doit – non que le « colpo di cannone » ne soit pas assourdissant mais il aurait fallu une graduation sonore mieux dosée pour que l’effet soit complet. La dernière, enfin, déroule le fil de La Romance à la lune sans la moindre recherche de couleurs et d’intentions.

Cette pauvreté interprétative tient en grande partie à un déficit de nuances. Tous les candidats chantent bien, d’une voix de qualité supérieure pour la plupart, mais dans une palette dynamique trop restreinte, entre mezzo-forte et forte. En cause peut-être la direction de Mārtiņš Ozoliņš, très énergique – comme dans Peer Gynt à Riga la veille. C’est le moment de citer le nom de la soprano arménienne Arpi Sinanyan dont « Tacea la notte » tissé dans un velours au chatoiement enivrant voudrait plus de science belcantiste – des sons filés, enflés, diminués, trillés. A 23 ans, il est heureusement temps encore… À l’inverse, seule exception confirmant la règle, Leah Bedenko – mezzo-soprano américaine de 28 ans – pèche par un excès de tempérament. Notes trop appuyées, teintes assombries, duretés desservent « Una voce poco fà ». Rosine est une jeune fille déterminée, non une virago.

Finalement, l’histoire se répète : cette année comme les deux précédentes, le jury, constitué de directeurs de casting et de maisons d’opéra, a placé sur la première marche du podium un baryton-basse sud -coréen. Signe de la vitalité d’une école de chant remarquable, assurément. Reste que l’art lyrique se nourrit aussi d’accents singuliers et de personnalités divergentes, quand l’uniformité, même portée à un haut degré d’excellence, finit souvent par engendrer l’ennui.

> Voir le palmarès détaillé

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❤️❤️❤️❤️🤍 : Supérieur aux attentes
❤️❤️❤️🤍🤍 : Conforme aux attentes
❤️❤️🤍🤍🤍 : Inférieur aux attentes
❤️🤍🤍🤍🤍 : À oublier

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Leah Bedenko, mezzo-soprano (États-Unis)
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« La calunnia è un venticello » – Gioachino Rossini, Il barbiere di Siviglia

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« Che gelida manina » – Giacomo Puccini, La Bohème

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