Lumineux, recueilli comme puissant, tonique

Andreas Hammerschmidt « Ach Jesu stirbt »

Par Yvan Beuvard | lun 02 Novembre 2020 | Imprimer

Inlassablement, Lionel Meunier et ses amis de Vox luminis poursuivent leur exploration d’un répertoire trop souvent jugé marginal par rapport aux figures emblématiques du baroque germanique. Ainsi Andreas Hammerschmidt, héritier de la riche polyphonie de la Renaissace comme de la grande tradition luthérienne, entre Schütz et Bach, ouvert aux influences italiennes (récitatif, polychoralité, madrigalismes, magnifiés par le style concertant). Bien qu’il nous ait laissé quatorze recueils, soit plus de 400 œuvres, qui jalonnent son existence, sa discographie est relativement pauvre. Jérôme Lejeune, qui signe la plaquette, a fait le choix de nous offrir une anthologie, qui emprunte à presque tous les genres illustrés par le compositeur (les messes brèves, archaïsantes, en sont absentes). Nous parcourons donc une période qui nous conduit des dernières années de la guerre de Trente ans (1645) à l’apogée de 1671. On y rencontre ainsi des pièces variées, de l’esprit madrigalesque à l’oratorio ou aux concerts sacrés annonciateurs de la cantate telle que l’illustrera Bach. De manière à unifier le propos, un thème liturgique commun fait office de fil conducteur : de la Passion à l’Ascension, ce qui justifie le titre « Ach Jesu stirbt » [Ah ! Jésus meurt], incipit d’un motet à six voix de 1671, qui ouvre le programme.

La logique qui préside à sa composition est double. D’une part cette succession des pièces selon le calendrier liturgique, comme il a été dit, et d’autre part, pour varier l’écoute, les œuvres font appel à des genres, des formes et des effectifs contrastés. Toutes les formes de l'expression musicale du luthérianisme sont illustrées, à commencer par le motet, des soupirs douloureux du premier à la joie confiante de « Ich fahre auf zu meinem Vater » [je monte chez mon père], ce dernier, éclatant, avec doublure par les trompettes des deux voix de soprano. Deux pièces antérieures à la fin de la Guerre de Trente ans portent la marque de cette épreuve (« O barmherziger Vater » [O père miséricordieux] et « Vater unser » [Notre Père]), recueillis et d’effectifs réduits. A l’opposé, des œuvres grandioses, « Triumph, Triumph, Victoria » [Triomphe, triomphe, victoire], concert spirituel jubilatoire avec 2 trompettes et 3 trombones, comme le « Siehe, wie fein und lieblich ists » [Vois, comme c’est bon et suave], triple chœur en écho. Mais ce sont peut-être encore les pièces dont les textes et les timbres nous sont familiers qui font la plus forte impression. Ainsi l’ample « Christ lag in Todesbanden » [Christ gisait dans les liens de la mort] ou le madrigal spirituel « Die mit Tränen säen » [ceux qui sèment avec des larmes] qui renvoient tant à Schütz, Schein qu’à Pachelbel, et à tant d’autres comme à Bach. Avec ce disque nous découvrons un maillon de cette longue chaîne qui, partant des Johann Walther et Michael Praetorius, conduit au Cantor de la Thomaskirche.

On retrouve avec plaisir l’équipe de Vox luminis dont on n’énumérera ni les chanteurs ni les mérites, bien connus. L’ensemble a-t-il mieux mérité son nom ? Il en va de même pour Clematis. Tout est là, puissant et frais, nuancé, contrasté à souhait. La direction de Lionel Meunier impulse une vie constante, le texte est magnifié par son illustration vocale, dans le plus beau des écrins, qu’il s’agisse du continuo ou de la formation instrumentale, virtuose. La prise de son, fine et remarquable, restitue les plans comme si nous assistions au concert. Une réalisation à marquer d’une pierre blanche et qui invite à poursuivre la découverte de l’œuvre de ce compositeur.

Comme Jérôme Lejeune en est coutumier, la plaquette – trilingue – est un modèle du genre. Les textes de présentation, de traduction des chants, tout est offert à l’auditeur curieux.

 

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