Allegro ironico

L'Heure espagnole - Rome

Par Cédric Manuel | mar 11 Septembre 2012 | Imprimer
 
Le Santa Cecilia Opera Studio, au sein duquel de jeunes artistes lyriques perfectionnent leur art sous la direction, notamment, de Renata Scotto, a choisi de présenter deux sommets d’ironie somme toute assez rares sur les scènes, mais dont le couplage sonne comme une évidence. La troupe est accompagnée par l’ensemble Novecento, composé lui aussi de jeunes musiciens issus du Santa Cecilia Music Masters, programme cousin de l’Opera studio.
 
Dans la petite salle Petrassi du Parco della Musica, la mise en scène de Cesare Scarton a d’abord le mérite de la simplicité: plusieurs panneaux peints sur 3 faces, qui, collés les uns aux autres, représentent tantôt un rideau évoquant la commedia dell’arte, tantôt l’une des innombrables horloges de Torquemada , tantôt une vue de Florence. A cela s’ajoutent les caisses d’horloges où se cachent les amants de Concepción, quelques boîtes appartenant à l’infortuné Buoso et le lit de mort très mobile de celui-ci.
 
Disons-le d’emblée, ce qui frappe et séduit, c’est l’enthousiasme des jeunes chanteurs comme leur réelle et prometteuse aisance sur scène. Cela fait particulièrement merveille dans Gianni Schicchi, où les faux éplorés sont grotesques sans verser dans la caricature, donnant au spectacle une vraie homogénéité. Sergio Vitale impose dès son apparition une grande autorité, jusque dans son chant, remarquable en particulier dans la scène du faux testament où l’alternance de la voix de fausset du faux Buoso et le baryton de Schicchi consacre aussi une vraie performance d’acteur. Le Rinuccio de Davide Giusti s’impose lui aussi, malgré l’effort visible que lui coûte son air « Firenze è come un albero sfiorito », don’t il s’acquitte fort honorablement. Remarquable Lauretta de Rosa Feola qui franchit fièrement le fameux « Babbino caro », mais mention spéciale pour la « vieille » Zita d’Adriana di Paola, dont la voix chaude fait mouche dans l’indignation hypocrite. Les comprimari s’amusent visiblement et nous aussi.
 
L’Heure espagnole hélas suscitera moins d’éloges, non qu’elle ait manqué d’engagement, mais il est indéniable que la langue de Molière –ainsi que le chef Carlo Rizzari nous en avait prévenu avant la représentation- de surcroît dans une œuvre où l’on déclame plus qu’on ne chante, avec de redoutables variations, a créé bien des difficultés au quintette pourtant très appliqué dans son chant (très bon finale « Un financier… » d’ailleurs). Certes, le poète de Flaviano Bianchi est d’une réjouissante niaiserie mais il a encore quelque peine à bien projeter sa voix et le banquier de Dionisos Tantinis est correct mais un peu timoré (se réservait il pour Schicchi, où il est apparu sous un jour meilleur en Simone ?). C’est la Concepción décidément insatisfaite de Carmen Romeu qui tire le mieux son épingle du jeu, remarquable de justesse mais aussi de puissance malgré une diction incertaine. Elle est suivie de près par le muletier faussement naïf de Dario Ciotoli, qui sera lui aussi encore meilleur dans le rôle du notaire de Schicchi.
 
L’orchestre, réduit à moins de 30 musiciens, est admirablement conduit par Carlo Rizzari avec une énergie qui rappelle beaucoup celle du patron de l’orchestre de l’académie, Antonio Pappano, dont il est le chef assistant. L’orchestre parvient à se mouvoir non sans brio mais parfois un peu trop fort pour ne pas noyer les chanteurs, au sein des harmonies complexes du langage ravélien. Lui aussi plus à son aise dans Gianni Schicchi, il sautille, virevolte, cavale puis s’épanche avec précision et virtuosité. Diable que tant de générosité fait du bien !

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