La question se pose à chaque représentation du Stabat Mater de Rossini : la salle de concert, ici l’auditorium Scavolini, est-elle le lieu le mieux adapté pour cette œuvre religieuse, quand bien même on ne peut que reconnaître son caractère fortement imprégné de l’univers de l’opéra ? Malgré la grande qualité de l’exécution, le recueillement peine à poindre.
Il faut finalement pour cela attendre les derniers numéros, « Quando corpus morietur » d’une grande ferveur et la fugue échevelée du final « In sempiterna saecula », tous deux confiés au Coro del Teatro Ventidio Basso. Autant nous avions pu faire la fine bouche (à raison) sur la contribution des membres du chœur au concert des 30 ans de Juan Diego Flórez (qui sentait l’impréparation) ou même dans sa participation au Siège de Corinthe (avec un français qui laissait à désirer), autant ce soir nous ne pouvons que rendre les armes. On ne sait qu’admirer en premier, la précision de la mise en place, des attaques, des effets de spatialisation ? Mais il faudrait aussi citer la plastique du son, la gestion des dynamiques (torrentielle dans l’ « Inflammatus et accensus » puis quasi impalpable dans « Quando corpus morietur ») ou encore la qualité des individualités (quel pupitre de basses !).
On applaudit également sans réserve les musiciens de l’Orchestra del Teatro Comunale di Bologna : la beauté des timbres n’a d’équivalent que la virtuosité sous la direction expressive de Ramón Tebar. Le chef privilégie les tempos vifs et sait aussi bien faire tonner ses troupes que leur intimer les piani les plus impalpables.
Et les solistes, direz-vous ? Peut-être du fait de l’organisation scénique particulière, devant le chœur mais derrière l’orchestre, ils ont semblé, à l’exception notable de Vasilisa Berzhanskaya, souvent en retrait, couverts par l’un ou l’autre. Non pas qu’ils déméritent, Dave Monaco (qui remplaçait Dmitry Korchak initialement prévu) n’est pas impressionné par le « Cujus animam », faisant preuve d’une belle homogénéité de timbre sur toute la tessiture ; Anna-Doris Capitelli démontre, elle, une belle longueur de souffle dans sa cavatine, « Fac ut portem Christi mortem », laissant au passage admirer un timbre plein dont les légères matités accrochent l’oreille. Adrian Sâmpetrean était-il remis de son indisposition de vendredi soir ? Pas sûr, au vu d’une projection timide. Reste Vasilisa Berzhanskaya, souveraine, surnageant sans peine du chœur et de l’orchestre, délivrant un Inflammatus impérial.



