En juin, Riga vit au rythme de son grand festival lyrique. Le public est invité à revoir les productions phares de l’Opéra national et du Ballet de Lettonie, mais aussi à découvrir des nouveautés dans une programmation resserrée et ambitieuse. Cette année, c’est La Bohème confiée à LAURA, qui veut créer l’événement.
De son vrai nom Laura Groza, la metteuse en scène a fait quelque bruit dans le monde du théâtre letton. Avec une quarantaine de titres à son actif, elle collabore régulièrement avec les principales institutions culturelles du pays, notamment le Théâtre Dailes et l’Opéra national. Récompensé à plusieurs reprises, son travail cherche à réinterpréter les grands classiques par une lecture centrée sur la vérité des relations humaines. Voilà la théorie – contredite par la pratique si l’on en juge à sa lecture du chef d’œuvre de Puccini.
Organisée autour d’une espèce de météorite géante placée sur tournette – référence à La Bohème dans l’espace de Claude Guth ? – la mise en scène transpose l’ouvrage plus qu’elle ne le réinterprète. Si l’on excepte la présence incongrue de danseurs au troisième acte, l’histoire est respectée à la lettre – ce dont on ne se plaindra pas – mais déplacée dans un futur psychédélique. En attestent les lustres de néon placés de ci de là par Fabien Lédé et les costumes aux formes indéfinies et au couleurs criardes imaginés par Fyodor Podgorny (fondateur de la marque Fyodor Golan dont les créations ont été portées par Madonna, Rihanna et Jennifer Lopez). Bref, on n’a pas lésiné sur les moyens pour en mettre plein la vue. A la recherche de la signification de la météorite géante, un décryptage du programme (traduit en anglais) confirme les intentions de la metteuse en scène. Contrairement à de nombreuses approches contemporaines de La Bohème fondées sur la précarité sociale, la désillusion ou le combat politique, LAURA revendique une lecture centrée sur la beauté, l’élégance et la célébration de la vie – malgré l’omniprésence de la tragédie.
C’est oublier un peu vite que le beau n’existe pas en soi mais dépend du regard de chacun. La grand-messe esthétique annoncée se présente à nos yeux effarés comme un manifeste du mauvais goût, que ne peut racheter, tournette et passerelles aidant, le travail sur le mouvement.
© Kristaps Kalns
En de pareilles situations, fermer les yeux serait la meilleure solution si les chanteurs ne mettaient les oreilles à dure épreuve. Soliste de l’Opéra national de Lettonie depuis 2008, Raimonds Bramanis aborde aujourd’hui un rôle qui semble appartenir à une étape antérieure de sa carrière. Le ténor claironne Rodolfo sur le fil de la justesse d’une voix de fer blanc. En Mimì, Inna Kločko dispose d’un instrument plus séduisant et d’une indéniable sensibilité ; son interprétation reste toutefois à la surface du personnage, faute d’une culture belcantiste suffisante pour transformer la ligne vocale en véritable discours expressif. Rinalds Kandalincevs propose un Marcello sonore, solidement projeté quoique court d’aigu. Certes pétillant, le champagne servi par Dana Bramane a trop de verdeur pour que Musetta affirme son pouvoir de séduction. Les autres protagonistes ont le mérite d’exister, sans plus d’éclat. Plusieurs distributions alternent ; souhaitons que les suivantes soient plus abouties.
A défaut subsiste un motif de satisfaction : la direction d’Arvo Volmer. Le chef estonien, rompu à ce répertoire adopte une lecture attentive aux équilibres et au théâtre. Effets appuyés et lourdeurs inutiles sont évités. La ligne demeure souple, le geste précis, avec un vrai souci de soutenir les chanteurs sans relâcher la tension dramatique. L’orchestre s’y distingue par une belle tenue d’ensemble et de réelles qualités de timbre, quand le chœur, formidable de cohésion et de densité, gagnerait à plus de nuances.


