Giovanni Battista Velluti (1780-1861), Stracciavelluti de son vrai nom, fut l’un des tous derniers castrats. Mais on admet communément qu’Alessandro Moreschi, mort en 1922 à Rome, fut le dernier, le pape Léon XIII ayant signé en 1902 l’ordonnance interdisant les castrats au sein de la chapelle vaticane. Velluti a inspiré de nombreux compositeurs, dont Rossini ou Meyerbeer (qui composa pour lui le rôle d’Armando dans Le croisé en Egypte). Outre Armando, il créa, entre bien d’autres, les rôles d’Arsace dans Aureliano in Palmira de Rossini, ou encore le rôle-titre dans Andronicus de Mercadante.
On ne présente plus Franco Fagioli, l’un des plus éminents contre-ténors du circuit. En juillet 2024, il enregistra avec les chœurs et l’orchestre de l’Opéra royal de Versailles dirigés par Stefan Plewniak l’album « The last castrato – Arias for Velluti », chroniqué ici par Charles Sigel. À la suite de cela il entama une tournée au Canada, aux Etats-Unis puis en Europe : ce soir il fait, avec l’orchestre de l’Opéra Royal, une halte au théâtre du Capitole de Toulouse avec des pièces qui font presque toutes partie de son album.
Stefan Plewniak, violoniste, est le chef d’orchestre de l’Opéra royal de Versailles qui fait une entrée originale et en fanfare : annoncés par le tambour, les musiciens pénètrent sur scène (et en sortiront en fin de concert) en interprétant la « Danse du grand calumet » des Indes Galantes. L’orchestre de l’Opéra Royal ne fait guère dans la dentelle. Ses nombreuses interventions ne convainquent ni par la justesse, ni par la finesse d’interprétation, mais après tout on est venu pour Fagioli, pas pour découvrir l’interminable final du concerto pour violon N°1 de Pierre Rode !
Il y aura trois apparitions de Fagioli en première partie avec, pour commencer tout en douceur, un air de Decebalo extrait de Traiano in Dacia de Giuseppe Nicolini. Déjà une articulation soignée, un souffle long et une expressivité assez captivante ; autant de soin apporté dans l’arioso introductif du « Vedrai quest’anima » de Paolo Bonfichi. Le timbre élégant, la puissance expressive encore sont admirables dans la scène de Carlo Magno de Nicolini.
Le début de la seconde partie nous rappelle que ce que nous connaissons comme l’ouverture du Barbier de Séville n’est qu’une resucée d’une pièce utilisée trois fois au total. Elisabetta Regina d’Inghilterra également et, à l’origine, Aureliano in Palmira, pièce composée notamment pour le castrat Velluti nous le disions. La scène et cabalette d’Arsace pousse pour la première fois de ce concert Fagioli à faire montre d’une technique virtuose bien au point. L’articulation est admirable, les nuances expressives subtiles à souhait. La voix porte, les aigus sont puissants et les graves sonores, graves que l’on appréciera davantage encore dans le « Si bel contento in giubilo », extrait d’Andronico de Mercadante, qui clôt le programme.
Eh oui, deux pièces chantées seulement au programme de cette seconde partie, après trois en première, c’est un peu maigre. Il y aura certes deux bis (« O! come da quel dì », le grand air d’Arsace au premier acte de Semiramide, et le « Non ti scordar di me » d’Ernesto de Curtis) mais nous ressortons de ce concert avec un sentiment de « pas assez ».
Le récital donné l’automne dernier au TCE et que Christian Peter avait chroniqué (Fagioli seul en scène pendant une heure et demie) nous avait laissé espérer bien plus.


