La légende raconte que Cécilia Bartoli n’aurait fait qu’une seule apparition à Pesaro, en Ernestina dans L’occasione fa il ladro mis en scène par Jean-Pierre Ponnelle (mais les archives du ROF sont muettes à ce sujet). C’est à un autre artiste que cette production, datée de 1987, doit d’être entrée dans l’histoire. Rockwell Blake lors d’une reprise du spectacle en 1996 concluait son aria, « D’ogni più sacro impegno », par une note diminuée puis augmentée dont la longueur fait encore les riches heures de YouTube. Rien de tel dans cette nouvelle édition, mais Dave Monaco, l’interprète à son tour d’Alberto, n’en forme pas moins le maillon fort de la soirée. À défaut de messa di voce, le ténor lombard impose sur la scène du Teatro Rossini un Comte d’une élégance juvénile, où la noblesse de la ligne, l’aisance dans la colorature et la précision s’allient à une composition naturelle dépourvue d’affectation.
Son rival, Matteo Mancini, ne dispose pas d’autant de ressources mais réussit à rendre Dom Parmenione mémorable. Une présence scénique affirmée, le sens du texte, la projection compensent une voix de baryton dont la clarté s’exerce au détriment de la couleur.
Le parcours de l’interprète de Bérénice, Damiana Mizzi, peut surprendre : Rosina dans Il barbiere di Siviglia de Paisiello en 2004, elle apparaît en finale d’Operalia en 2017, soit treize ans plus tard. Son répertoire la range dans la catégorie des sopranos légers : Giuletta (I Capuleti e I Montecchi), Nanetta (Falstaff), Oscar (Un ballo in maschera)… Proche de la soubrette, – et conforme en cela à l’échange d’identité entre Bérénice et sa femme de chambre –, la voix pointue et avare de nuances se montre capable d’agilité, comme en témoigne la cabalette ébouriffante de sa grande aria « Voi la sposa pretendete », très applaudie. La légèreté du timbre trouve avec Dave Monaco une complémentarité qui vaut à leur duo final sa part de succès.
Damiana Mizzi (Berenice) © Amati Bacciardi
Des seconds rôles se détache l’Ernestina de Martiniana Antonie à laquelle la partition concède peu – aucun air mais suffisamment d’interventions dans les récitatifs pour donner à apprécier la rondeur du timbre et la qualité d’émission. Factotum de la pièce, selon Ponnelle qui le place à l’avant-scène une bonne partie du spectacle, Martino voudrait un interprète avec plus de tempérament comique que Giuseppe Toia pour pimenter la farce.
Tout comme on pourrait souhaiter d’Alessandro Bonato davantage de fantaisie, de nerf et de liberté dans une œuvre où la précision ne saurait tenir lieu d’imagination. Le jeune chef connaît sinon les ressorts du langage rossinien. La direction précise, souple se montre attentive aux chanteurs ; les équilibres sont soigneusement respectés, les tempi ménagent aux ensembles leur lisibilité et l’orchestre, loin de se contenter d’accompagner, participe pleinement à l’action.
D’une valise, source de l’imbroglio, surgissent en début de représentation les accessoires et personnages appelés à composer l’opéra. L’idée serait drôle si, quarante ans après sa création, elle ne commençait à montrer quelques signes d’usure. Les toiles peintes nécessiteraient aussi plus de second degré pour éviter que ne prédomine au tomber de rideau une impression de routine, peu compatible avec l’esprit d’un festival.



