Avec un nouveau festival Rossini à Pesaro vient la découverte de la nouvelle promotion de l’Accademia Rossiniana. Comme le veut la tradition solidement ancrée, les élèves de l’académie proposent deux représentations d’Il Viaggio a Reims, dans une production d’Emilio Sagi. Bien que datant de 2001, cette dernière reste toujours pimpante, avec ses décors simples faits de tréteaux de bois blanc et de transats, ses quelques accessoires (le chapeau de la Comtesse de Folleville), et ses personnages parfaitement croqués.
Le cru 2026, qui se caractérise par une présence marquée des interprètes d’origine asiatique, est de grande qualité. Certes moins glamour que celle proposée il y a quelques jours à Salzbourg, la distribution réunie pour cette matinée fait en effet mieux que se défendre : sans véritable lacune, ce qui est déjà un exploit au regard de l’exigence vocale requise par la partition, et de la jeunesse des chanteurs, elle propose en outre de belles découvertes.
On retiendra en particulier la Corinna de Momoko Toyama, soprano lyrique à la technique aguerrie et au chant sensible et élégant. Ses deux interventions solistes, simplement accompagnés par la harpe, « Arpa Gentil », puis l’improvisation poétique « All’ombra amena », sont des moments suspendus. La Comtessa di Folleville d’Aziza Omaroya a toute l’agilité requise par le rôle, mais ne s’en contente pas, faisant également valoir une dose de moelleux dans le timbre et une vraie intelligence dans les variations. Hope Nelson (Melibea) marque par son incarnation désopilante de Marquise évaporée et alcoolique.
Chez les clés de fa, à la rondeur séductrice du timbre et à la vis comica évidente de Davide Sodini (Don Profondo), rendant ses « Medaglie incomparabili » irrésistibles, répondent les graves somptueux de William Meinert (Lord Sidney), dont on pourra cependant questionner les affinités réelles avec le chant virtuose rossinien.
Enfin, le Libenskof pétaradant de Dongjae Son prend l’ascendant sur le Cavalier Belfiore de Jiahui Mo, plus pâle. Il ne fait cependant pas l’unanimité aux saluts : les moyens sont vraiment impressionnants, mais il conviendra de les assouplir et les polir pour en tirer tout le potentiel.
Sieva Borzak est également un des artisans de la réussite de la représentation. Le jeune chef, dont c’est la première participation au Festival Rossini, trouve, à la tête de la Filarmonica Gioachino Rossini, le parfait dosage entre la fougue qu’inspire la partition échevelée et une attention constante à ses jeunes ouailles.



