Un joyeux drille nommé Albert Roussel

Le Testament de la tante Caroline

Par Jean-Pierre Rousseau | sam 09 Avril 2022 | Imprimer

« On s'étonnera peut-être de me voir, à mon âge [68 ans], aborder l'opérette après avoir écrit pour le concert ou le théâtre un assez grand nombre d'ouvrages d'un genre tout différent...Il est prodigieusement intéressant pour un musicien... de tenter une aventure peut-être sans lendemain dans une région de l'art qui lui est encore peu familière ». C'est ce qu'écrit Albert Roussel dans L'Intransigeant le 24 février 1937. Sans lendemain, son unique opérette le restera puisque le marin devenu compositeur (entre autres de l'opéra Padmâvati) décède six mois plus tard des suites d'un malaise cardiaque à Royan.

L'indigne tante et ses trois nièces

C'est à Nino, pseudonyme de Michel Veber qui a aussi écrit pour Jacques Ibert ou Manuel Rosenthal, qu'on doit le livret de ce Testament de la tante Caroline, une pièce de boulevard joliment troussée : la tante Caroline, qui a fait fortune dans la galanterie, vient de mourir, laissant un très bel héritage... à trois nièces qui ne l'ont jamais fréquentée mais qui se sont précipitées à son enterrement. Deux d'entre elles sont mariées, la troisième est diaconesse. Seul problème, l'héritage doit aller au premier des enfants qui naîtra dans l'année suivant le décès de la tante. On ne racontera pas toute l'histoire ni  la pirouette finale qui révèle le secret de la troisième nièce, Béatrice.

La musique de Roussel fait amèrement regretter que le contemporain de Ravel (il est mort la même année que lui) n'ait pas plus souvent cultivé la muse légère.

Frivolités bien parisiennes

Forumopera.com avait fait un compte-rendu très enthousiaste (Ô palace Athénée) de ce Testament de la tante Caroline donné au théâtre impérial de Compiègne et dans la salle parisienne de l'Athénée en juin 2019. J'avais à l'époque partagé l'enthousiasme de Laurent Bury dans ces colonnes :  « Les Frivolités Parisiennes ont su faire les bons choix, avec une équipe de chanteurs-acteurs qui se donnent sans compter. A tout seigneur tout honneur, il faut inévitablement commencer par chanter les louanges de Marie Lenormand, qui hérite du rôle en or de Béatrice, la nièce religieuse, irrésistible dans l’air où elle confesse avoir jadis péché. Quelques mots suffisent à Till Fechner pour imposer un savoureux personnage de notaire revêche, imperméable mastic et clope au bec. Les deux couples formées par les nièces et leur conjoint sont admirablement caractérisés : la Noémie versaillaise de Lucile Komitès et son époux coureur de jupon Aurélien Gasse, la Christine superbement idiote de Marion Gomar et son lamentable conjoint Charles Mesrine. En Lucine, Marie Perbost fait valoir un timbre limpide et une excellente diction, mais son personnage reste très sage. Noël donne à Fabien Hyon l’occasion de montrer une belle vaillance vers la fin de l’œuvre, et Roussel est bien heureux qu’on ait confié ce rôle à pareil titulaire. Pour avoir peu à chanter, Romain Dayez n’en manifeste pas moins une très séduisante désinvolture dans le rôle du docteur. »

L'orchestre Les Frivolités parisiennes et leur chef Dylan Corlay n'en sont pas à leur coup d'essai en matière de redécouverte de répertoires oubliés, notamment l'univers incroyablement riche de l'opérette de l'entre-deux-guerres. Il faut noter que la formation respecte les effectifs de la création (30 musiciens). Pour cette première discographique, on applaudit le coup de maître !

 

 

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