Forum Opéra

HAENDEL, Cantates virtuoses – Marie Lys

arrow_back_iosarrow_forward_ios
Partager sur :
CD
24 juin 2026
Merveilleuse dans tout

Note ForumOpera.com

4

Infos sur l’œuvre

Georg Friedrich Haendel (1685-1759)

Il delirio amoroso HMV 99 (1707)
(texte Benedetto Pamphili)
Introduzione
Recitativo. Da quel giorno fatale
Aria. Un pensiero voli in ciel
Recitativo. Ma fermati pensier
Aria. Per le lasciai la luce
Recitativo. Non ti bastava, ingrato
Aria. Lascia omai le brune vele
Recitativo. Ma siamo giunti in Lete
Entrée
Minuet. In queste amene


Sans y penser (Cantate française)
HMV 155 (1707)
(texte anonyme)
Chanson. Sans y penser
Recitativo. S’il ne fallait que bien aimer
Aria. Petite fleur brunette
Recitativo. Vous qui m’aviez procuré
Aria. Nos plaisirs seront peu durables
Recitativo. Vous ne sauriez flatter ma peine
Aria. Non, je ne puis plus souffrir

Un’ alma inamorata HMV 173 (1707)
Recitativo. Un’alma innamorata
Aria. Quel povero core
Recitativo. E pur benché egli veda
Aria. Io godo rido e spero
Recitativo. In quanto a me, ritrovo
Aria. Ben impari come s’ama

Crudel tiranno amor HMV 97 (1721)
Aria. Crudel tiranno amor
Recitativo. Ma tu mandi al mio core
Aria. O dolce mia speranza
Recitativo. Senza te, dolce spene
Aria. O cara spene

Détails

Marie Lys, soprano
Orchestre de l’Opéra Royal
Direction
Gaëtan Jarry

Enregistré au Château de Versailles (salle des Croisades) du 3 au 6 mai 2025
Enregistrement et mixage : Olivier Rosset

1 CD Château de Versailles Spectacle CVS 168
Durée 73’26
Parution le 19 juin 2026

Les trois premières de ces cantates datent de 1707. Le jeune Haendel (22 ans) fréquentait alors à Rome un cercle de riches amateurs de poésie et d’art, l’Académie d’Arcadie, où les cardinaux lettrés côtoyaient littérateurs et musiciens (dont Corelli et Alessandro Scarlatti). Le plus brillant (et polyvalent) de ces mécènes était sans doute le cardinal Benedetto Pamphili, qui dans son palais du bas du Corso, le palais Doria-Pamphili, organisait académies et concert privés, en même temps qu’il finançait des représentations d’oratorio aux quatre coins d’une ville où l’opéra n’avait pas droit de cité, mais qui nourrissait autrement sa fringale de musique.

À ses moments perdus, Pamphili écrivait aussi des livrets d’oratorios, qu’il signait Fenicio Larisseo (le Phénix)… On lui doit celui du premier oratorio de Haendel, Il trionfo del Tiempo e del Disinganno, créé en mai 1707, et celui de la cantate Il delirio amoroso, ici enregistrée, qui en est sans doute exactement contemporaine.

Haendel avait déjà à son actif son premier opéra crée à Hambourg (Almira, 1705), et c’est peut-être à cette occasion qu’il rencontra un membre de la famille Medici (Gian Gastone, suppose-t-on), qui l’incita à venir en Italie compléter sa connaissance de la musique italienne. On peut imaginer le jeune homme économisant de quoi entreprendre un voyage, qui allait être déterminant pour la suite de sa manière. Il y aurait Florence, Naples et enfin Venise (c’est là qu’à l’issue de la création en 1708 d’Agrippina au Teatro San Giovanni Grisostomo les spectateurs allaient acclamer sans fin « il caro Sassone ».

Marie Lys © Jean-Baptiste Millot

Folies amoureuses

Il delirio amoroso est sans conteste la plus remarquable des cantates de jeunesse de Haendel, et de ce disque. Elle fut enregistrée jadis par Magdalena Kožená et plus récemment par Natalie Dessay, deux voix très différentes de celle de Marie Lys.
C’est une cantate con stromenti nécessitant un petit ensemble, dont trois des musiciens seront amenés à concerter avec la soliste, laquelle joue à la fois le rôle du narrateur dans les récitatifs et celui de la délirante Chloris : le « cruel » Thyrsis a repoussé ses avances et lui a « déchiré le cœur », il est mort (punition de ce dédain ?).

Haendel met en musique les lubies successives de l’amoureuse frustrée, dont d’abord l’esprit s’envole vers le ciel dans l’espoir d’y apercevoir l’être aimé : Marie Lys collectionne dans cette première aria, « Un pensiero voli in cieli », les effets de virtuosité les plus échevelés, en dialogue avec le violon de Fiona Poupard – coloratures aériennes (toutes notées), trilles, notes tenues sur six mesures (d’abord un mi, puis un sol dièse dans le da capo enrichi d’ornements), et descentes vertigineuses vers un do dièse grave quand la malheureuse fait l’hypothèse que Thyrsis est peut-être aux enfers.
Ce figuralisme met en valeur un timbre toujours rond et homogène quelles que soient les extravagances que la partition lui propose…

Encore plus belle peut-être, parce que plus mélancolique, plus sensible, la deuxième aria, « Per te lasciar la luce », est pur bel canto : merveilleuse ligne de chant, tempo s’alanguissant selon les affetti du texte, ornements ailés dans la reprise da capo, conversation avec le violoncelle merveilleusement expressif de Alexandra Brown. C’est du grand Haendel déjà (22 ans, on le rappelle).

Enfin, descendue aux Enfers, Clori fera traverser l’Achéron à Tirsi et des brises compatissantes les pousseront vers les Champs Elysée : ici, un troisième air où Marie Lys rivalisera de trilles et de vocalises avec une flûte à bec, la virtuosité se dissimulant derrière l’apparente simplicité.

© Bernard Martinez

Fêtes romaines

C’est pour le marquis Ruspoli, son principal mécène dans la Ville éternelle, que Haendel composa plusieurs de ses cantates romaines – lequel marquis accueillait au Palazzo Brunelli, outre d’érudites académies, de grandes fêtes musicales (notamment l’oratorio La Resurrezione du jeune Saxon pour Pâques 1708, et à cette occasion il fit construire un auditorium ad hoc). Il y accueillait de grands interprètes, dont la Durastanti, qui allait être la créatrice d’Agrippina à Venise, et l’une des vedettes de la troupe londonienne de Haendel à partir de 1720. On peut penser que c’est pour elle qu’il écrivit en 1707 Un’alma innamorata, cantate désinvolte créée dans un autre domaine du marquis, celui de Vignanello dans les collines du Latium.

Là aussi on trouve trois paires récitatif-aria. Particulièrement intéressante, la manière dont Marie Lys adorne la reprise da capo de la première aria « Quel povero core », une simple mélodie à 3/8, qu’elle enrichit avec autant d’aisance que de goût. Là encore, c’est un air avec violon obligé, qui mélancolise sans dramatiser sur les douloureuses chaînes de l’amour.
Le deuxième, « Io godo rido e spero », est d’avis que des « amours vagabondes » sont la clé du bonheur. Ici moins d’ornements dans la reprise de cet allegro à quatre temps (Haendel en a déjà noté beaucoup), mais une jubilation à ensoleiller encore davantage la voix, sur le tempo très allant de Gaëtan Jarry et de l’Orchestre de l’Opéra Royal, une lumière dans la voix qui irise aussi le troisième air, l’insouciant « Ben Impari come s’ama ».

Amusante autant que curieuse, la cantate Sans y penser, la seule en français qu’Haendel composa jamais. Sur des textes sans doute grappillés dans des recueils (de Christophe Ballard, dit-on) qu’on pouvait trouver à Rome en 1707. On a l’impression qu’Haendel s’amuse à pasticher ce qui pouvait se chanter à Paris, dans un style sentimentalo-galant. Marie Lys déploie dans cette pochade, cette bergerie, pour le salon de Ruspoli (on a la facture du copiste en guise de preuve), un humour et un faux sérieux réjouissants.

Marie Lys en Cunégonde dans Candide à l'Opéra de Lausanne  (2022) © D.R.
Marie Lys en Cunégonde dans Candide à l’Opéra de Lausanne (2022) © D.R

Tout ce qu’elle touche

Enfin on fait un saut de quelque quatorze ans avec une cantate composée pour une soirée à bénéfice donnée à Londres pour la Durastanti le 5 juillet 1721, à laquelle participait aussi Senesino. On proposa plusieurs cantates composées pour l’occasion par Sandoni (des duos) et Haendel. L’hypothèse que ce dernier offrit Crudel tiranno amor pourrait être confirmée par le fait qu’il en réutilisa les trois airs dans son opéra Floridante cinq mois plus tard.

Le premier, qui donne son nom à la cantate, est d’une jubilante et rayonnante couleur (s’appuyant sur un tapis orchestral soyeux et bondissant à la fois), et la partie centrale en est d’une allégresse pleine de verve. « Cruel amour, rends-moi mon amant ou rends-moi ma liberté ! » L’envol des coloratures ajoutées par Marie Lys plaide plutôt pour la liberté.
Le deuxième air, « O dolce mia speranza », est l’une de ces douces plaintes où Haendel est sans rival. Conduit avec une souplesse, un velouté admirables par Gaëtan Jarry, qui laisse Marie Lys s’alanguir voluptueusement (et lancer quelques vocalises d’une transparence merveilleuse), c’est un moment suspendu dont on voudrait qu’il ne finisse pas.
Heureux et volubile, tout en arabesques et en légèreté, le dernier air, « O Caro spene », ondoyant et langoureux, est un modèle de charme et de simplicité, par une interprète qui transcende tout ce qu’elle touche, que ce soit le territoire baroque de ses débuts ou ceux qui l’en éloignent et qu’elle aborde aujourd’hui (voir sa toute récente Gilda).

Commentaires

VOUS AIMEZ NOUS LIRE… SOUTENEZ-NOUS

Vous pouvez nous aider à garder un contenu de qualité et à nous développer. Partagez notre site et n’hésitez pas à faire un don.
Quel que soit le montant que vous donnez, nous vous remercions énormément et nous considérons cela comme un réel encouragement à poursuivre notre démarche.
Inexorable-amour

Note ForumOpera.com

4

Légende

❤️❤️❤️❤️❤️ : Exceptionnel
❤️❤️❤️❤️🤍 : Supérieur aux attentes
❤️❤️❤️🤍🤍 : Conforme aux attentes
❤️❤️🤍🤍🤍 : Inférieur aux attentes
❤️🤍🤍🤍🤍 : À oublier

❤️❤️❤️❤️❤️ : Exceptionnel
❤️❤️❤️❤️🤍 : Supérieur aux attentes
❤️❤️❤️🤍🤍 : Conforme aux attentes
❤️❤️🤍🤍🤍 : Inférieur aux attentes
❤️🤍🤍🤍🤍 : À oublier

Note des lecteurs

()

Votre note

/5 ( avis)

Aucun vote actuellement

Infos sur l’œuvre

Georg Friedrich Haendel (1685-1759)

Il delirio amoroso HMV 99 (1707)
(texte Benedetto Pamphili)
Introduzione
Recitativo. Da quel giorno fatale
Aria. Un pensiero voli in ciel
Recitativo. Ma fermati pensier
Aria. Per le lasciai la luce
Recitativo. Non ti bastava, ingrato
Aria. Lascia omai le brune vele
Recitativo. Ma siamo giunti in Lete
Entrée
Minuet. In queste amene


Sans y penser (Cantate française)
HMV 155 (1707)
(texte anonyme)
Chanson. Sans y penser
Recitativo. S’il ne fallait que bien aimer
Aria. Petite fleur brunette
Recitativo. Vous qui m’aviez procuré
Aria. Nos plaisirs seront peu durables
Recitativo. Vous ne sauriez flatter ma peine
Aria. Non, je ne puis plus souffrir

Un’ alma inamorata HMV 173 (1707)
Recitativo. Un’alma innamorata
Aria. Quel povero core
Recitativo. E pur benché egli veda
Aria. Io godo rido e spero
Recitativo. In quanto a me, ritrovo
Aria. Ben impari come s’ama

Crudel tiranno amor HMV 97 (1721)
Aria. Crudel tiranno amor
Recitativo. Ma tu mandi al mio core
Aria. O dolce mia speranza
Recitativo. Senza te, dolce spene
Aria. O cara spene

Détails

Marie Lys, soprano
Orchestre de l’Opéra Royal
Direction
Gaëtan Jarry

Enregistré au Château de Versailles (salle des Croisades) du 3 au 6 mai 2025
Enregistrement et mixage : Olivier Rosset

1 CD Château de Versailles Spectacle CVS 168
Durée 73’26
Parution le 19 juin 2026

Nos derniers podcasts

Nos derniers swags

En attendant le bicentenaire…
CDSWAG

Les dernières interviews

Les derniers dossiers

Zapping

Vous pourriez être intéressé par :

Plus de chant que de théâtre
Sébastien DAUCÉ, Lauranne OLIVA, Anna BONITATIBUS
CD
Obstiné à s’écarter de la tradition
Julian PRÉGARDIEN, Raphaël PICHON, Huw MONTAGUE RENDALL
CD