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MASSENET, Werther – Barcelone

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Spectacle
12 mai 2026
Xabier Anduaga triomphe en Werther

Note ForumOpera.com

4

Infos sur l’œuvre

Drame lyrique en quatre actes et cinq tableaux, musique de Jules Massenet sur un livret d’Édouard Blau, Paul Milliet et Georges Hartmann d’après le roman épistolaire Les Souffrances du jeune Werther, de Goethe.
Création à Vienne (en allemand) le 16 février 1892.
Co-production Teatro alla Scala (Milan) et Théâtre des Champs-Élysées (Paris).

Détails

Mise en scène
Christof Loy
Reprise de la mise en scène
Silvia Aurea De Stefano
Scénographie
Johannes Leiacker
Costumes
Robby Duiveman
Lumières
Roland Edrich

Werther
Xabier Anduaga
Charlotte
Kristina Stanek
Albert
David Oller
Sophie
Sofía Esparza
Le bailli
Stefano Palatchi
Johann
Enric Martinez-Castignani
Schmidt
Josep Fadó
Kätchen
Marta Esteban
Brühlmann
Cristòfol Romaguera

Comédiens
Sonia Aguirre, Òscar Bosch, Gilles Denizot, Salvador Esplugas, Yolanda López Petit, Germán Parreño, Sílvia Recasens, Conxita Sesé, Pilar Solà, Sílvia Kamats, Joan Segalés.

Cor Vivaldi – Petits Cantors de Catalunya Escola IPSI, Pilar Paredes, directora.
Orchestre symphonique du Grand Théâtre du Liceu
Direction musicale
Henrik Nánási

Barcelone, Grand Théâtre du Liceu, dimanche 10 mai 2026, 17h

Le ténor basque Xabier Anduaga (30 ans, 10 ans de carrière), chante au Liceu ses premiers Werther. Sa carrière internationale déjà bien assise le fait se cantonner pour le moment, avec une grande prudence, dans les rôles qu’a illustrés Alfredo Kraus, dont il a le même type de voix. Christophe Rizoud l’a présenté ici-même avec enthousiasme, à l’occasion d’un récent récital. Il a été notamment l’Almaviva du Barbier de Bastille en 2019. De notre côté, nous l’avions repéré en 2022 lors d’une de ses prestations au Liceu, dans le rôle d’Ernesto de Don Pasquale, et noté alors ses potentiels propres à séduire le public.
Bien sûr, et on ne saurait le lui reprocher, la jeunesse de l’artiste, si elle lui permet de coller parfaitement au personnage, le prive encore de la maturité qui lui permettra dans l’avenir de plus intérioriser le personnage (Alain Vanzo, Alfredo Kraus, Neil Shicoff, Benjamin Bernheim…). Car pour le moment, si nombre de nuances sont respectées, et le français relativement bien prononcé, c’est quand même dans les forte que son interprétation trouve l’essentiel de son essence.
Il n’en reste pas moins que la prise de rôle est exemplaire, par la qualité de l’interprétation et de la personnification du personnage. À la fin de « Pourquoi me réveiller », la salle est véritablement en transes, des torrents de cris et d’applaudissements l’obligent à bisser l’air, qu’il termine devant une salle en total délire. Et 10 minutes d’applaudissements aux saluts finaux, ce qui est rare au Liceu, montrent bien ce que la représentation avait d’exceptionnel : à l’issue du spectacle, on peut dire que Xabier Anduaga est largement adopté par le public au rang des grands ténors du moment.

Photos © Liceu / Sergi Panizo

La production de ce Werther est maintenant bien connue, on l’a vue à la Scala en 2024 et au Théâtre des Champs Élysées en 2025. Un seul décor, un grand mur d’antichambre agrémenté d’un papier peint hergéen aux larges bandes verticales, mais sans le moindre tableau. Le metteur en scène Christof Loy a donc resserré l’action dans ce cadre austère unique, Mais surtout, il en a gommé toute référence au drame romantique – hormis le costume de Werther au premier acte. Les souffrances du jeune Werther de Goethe sont transposées en drame d’amour bourgeois, se déroulant dans les années 1950. Mais c’est surtout la scène finale qui peut choquer les puristes quand, au lieu des dernières retrouvailles de Werther et de Charlotte dans une petite chambre d’étudiant, Sophie et Albert assistent avec des sentiments consternés contradictoires à l’agonie finale du héros venu se suicider dans la maison familiale… pour une fois sans une goutte d’hémoglobine !

Photos © Liceu / Sergi Panizo

La Charlotte de Kristina Stanek est à l’image de la production : sensible et tragique. L’interprète, plutôt habituée aux rôles wagnériens, trouve ici un personnage « à la Isabelle Hupert » qui lui permet de briller sans pour autant se permettre aucun excès, sauf peut-être quand, dans les affres de ses propres contradictions, elle recherche un semblant de réconfort dans l’alcool, dont visiblement elle abuse… Ce qui mène à des scènes de grande violence entre Werther et elle, puis Albert et elle dans la seconde partie. On est bien loin des Charlotte plan-plan et résignées, jouet des évènements, que l’on voit souvent. La voix est bien adaptée au rôle, malgré une petite baisse de régime à la fin de la première partie, où elle fait curieusement défaut pour le bannissement jusqu’« à la Noël ». Mais elle se retrouve large et pleine pour la seconde partie, où le côté tragédienne de l’interprète fait merveille.

On note également avec intérêt le regard nouveau donné par Christof Loy au rôle de Sophie, qui paraît habituellement bien simpliste. Ici, c’est toute la relation entre les deux sœurs qui devient une espèce de charpente et de moteur additionnel à la représentation. Sophie, reléguée au début au rôle de servante alors que Charlotte règne en maîtresse absolue, prend petit à petit de l’importance et de l’autorité. De petite oie blanche, elle devient quasiment une chipie jalouse s’adonnant au voyeurisme, à la délation et à la délectation de tout ce qu’elle découvre. Bien sûr, elle admire sa sœur, mais en même temps est écrasée par le poids de son autorité bienveillante et infaillible. Elle fait tout pour l’imiter, à retardement. Avec un acte de décalage, elle porte le même genre de robe. De même, mais toujours avec un acte de retard, comme Charlotte, elle coiffe ses cheveux en chignon. À la fin de l’opéra, elle est parfaitement formatée au rôle de la bourgeoise parfaite, et se calfeutre dans le manteau de fourrure de sa sœur. Car du jour où celle-ci a fait un mauvais pas, le regard de Sophie a changé. En fait, elle ne lui pardonne pas d’avoir enfreint les règles de la communauté, et se détourne d’elle pendant qu’Albert, à la fin, lit avec sadisme et cynisme les lettres enflammées envoyées par Werther à Charlotte. La cantatrice espagnole Sofia Esparza, excellente actrice, servie de surcroît par un physique hollywoodien, endosse parfaitement cette caractérisation du personnage, d’autant que sa voix claire et expressive est moins légère que celle des habituelles ingénues. Les rôles qu’elle chante maintenant à l’aube d’une carrière internationale (Violetta, Juliette, Liu, Donna Anna…) correspondent parfaitement à sa voix chaude et bien projetée.

Les comparses sont tout à fait convaincants, en particulier David Oller qui crée un Albert gaullien dérangé dans ses certitudes. D’une voix bien timbrée, avec un français très compréhensible, il rend possible un rôle qui ne l’est guère. À noter la qualité de la chorale d’enfants dont les voix sont musicales, justes et sonores à la fois. L’orchestre du Liceu n’est plus à présenter, sa qualité est toujours au rendez-vous. Son chef Henrik Nánási sert Massenet tout en nuances, avec des tempi réfléchis et un grand respect des chanteurs, mais aussi une irrésistible montée en puissance qui culmine avec les deux coups de feu que Massenet avait supprimés. Au total, une magnifique représentation d’une grande unité de conception et d’interprétation.

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❤️❤️❤️❤️❤️ : Exceptionnel
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❤️❤️🤍🤍🤍 : Inférieur aux attentes
❤️🤍🤍🤍🤍 : À oublier

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Création à Vienne (en allemand) le 16 février 1892.
Co-production Teatro alla Scala (Milan) et Théâtre des Champs-Élysées (Paris).

Détails

Mise en scène
Christof Loy
Reprise de la mise en scène
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Werther
Xabier Anduaga
Charlotte
Kristina Stanek
Albert
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Sophie
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Le bailli
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Johann
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Schmidt
Josep Fadó
Kätchen
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Brühlmann
Cristòfol Romaguera

Comédiens
Sonia Aguirre, Òscar Bosch, Gilles Denizot, Salvador Esplugas, Yolanda López Petit, Germán Parreño, Sílvia Recasens, Conxita Sesé, Pilar Solà, Sílvia Kamats, Joan Segalés.

Cor Vivaldi – Petits Cantors de Catalunya Escola IPSI, Pilar Paredes, directora.
Orchestre symphonique du Grand Théâtre du Liceu
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Barcelone, Grand Théâtre du Liceu, dimanche 10 mai 2026, 17h

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