Trophées 2018 des lecteurs : le palmarès

Par Christophe Rizoud | jeu 03 Janvier 2019 | Imprimer

Parce que les prix, dans tous les domaines, sont trop souvent attribués arbitrairement, selon des critères discutables ou confus, parfois par simple petits arrangements entre amis, nous avons souhaité reconduire cette année le principe démocratique de nos trophées annuels. Merci d'avoir été nombreux à voter et félicitations à nos neuf lauréats.


Meilleure artiste lyrique féminin : Anita Rachvelishvili (33%)

En 2015, Anita Rachvelishvili faisait à Paris espace Cardin des débuts confidentiels. Trois ans plus tard, en dépit d’un nom imprononçable, elle est sinon la seule, du moins la première, à pouvoir prétendre au titre de mezzo-soprano dramatique, indispensable pour rendre justice en français à Dalila, cette année à Monte-Carlo (« irrésistible ! » titrait Maurice Salles) et en italien à cette Azucena que Paris, sidéré, à découvert au printemps dernier (« la mezzo géorgienne, par ses moyens vocaux impressionnants et sans céder jamais à la surenchère ou à la vulgarité, crée un personnage complexe, capable d’une séduction insinuante, d’une douceur captivante comme d’une férocité effrayante. », s’émerveillait Antoine Brunetto). Un premier album chez Sony a confirmé en mars qu’à seulement 33 ans, elle a déjà tout d’une grande.

4. Sonya Yoncheva (16%)
 

Meilleur artiste lyrique masculin : Stéphane Degout (25%)

Il y eut pour commencer l’année Posa dans Don Carlos à Lyon. Stéphane Degout tentait une première incursion dans le répertoire verdien, en français dans le texte mais Verdi tout de même avec ce que cela suppose d’héroïsme et, dans le cas de Rodrigue, de noblesse. Pari réussi. Puis vint ou plutôt revint Hamlet, à Paris après Strasbourg, Vienne, Bruxelles : un opéra où le baryton ne se contente pas de jouer les seconds couteaux en fronçant les sourcils. Le rôle est de ceux dont on ne cesse de parcourir les tours et les détours. Explorée en ses moindres recoins, ciselée d’une diction parfaite, le Prince peut ceindre sur son front en même temps que la couronne du Danemark, celle déposée par nos lecteurs reconnaissants.

 

Meilleur chef d’orchestre : Kirill Petrenko  (28%)

Paris et encore moins la Province n’ont pas eu si souvent l’occasion d’applaudir Kirill Petrenko ces dernières années. Pourtant la renommée du futur patron du Philharmonique de Berlin va au-delà du Bayerische Staatsoper dont il dirige actuellement les forces musicales. En 2018, Parsifal, le Ring ou encore Otello ont agité les quatre coins de la planète lyrique, par leur distribution mais aussi – d’abord – par la pertinence d’une lecture orchestrale seule capable de susciter tous les superlatifs et d’emporter l’adhésion de la majorité de nos lecteurs.

5. Maxime Pascal (13%)

 

Etoile lyrique montante : Vannina Santoni (30%)

Plus qu’Agnès, prima donna sacrifiée de La Nonne sanglante à l’Opéra Comique, sa Traviata inédite, modeste et délicate en raison de son absence de prétention, a brisé – et donc ravi – les cœurs. Encore fraîche dans les mémoires, elle se pose en espoir, d’autant plus fragile que Violetta fait partie de ces essais difficiles à transformer. Ses propos, lucides, le confirment : Vannina Santoni saura ne pas céder aux sirènes de propositions qui auraient tôt fait de gaspiller son jeune talent. Les projecteurs sont maintenant braqués sur elle. Souhaitons à cette étoile de monter haut et de briller longtemps.

4. Anna Pirozzi (14%)

 

Meilleure nouvelle production : Gluck, Orphée et Eurydice (Aurélien Bory, Paris, Opéra Comique) (30%)

Fleuron d’une saison qui en a comporté plusieurs (Le Domino noir, La Nonne sanglante ou encore Hamlet auraient pu aussi bien figurer dans notre sélection), Orphée et Eurydice fait partie de ces productions bénies des dieux où interprétation musicale et vocale s’arriment à une approche scénique intelligente jusqu’à ne faire qu’un. Difficile ici de détresser une couronne de lauriers pour en distribuer les feuilles, même si la direction musicale de Raphaël Pichon nous semble la clé de voûte de cette interprétation, remarquable parce que personnelle, du chef d’œuvre de Gluck.

 

Meilleur album de l’année (intégrale) : Bizet, Les Pêcheurs de perles (Pentatone) (42%)

Opéra maltraité depuis sa création à Paris en 1863, Les Pêcheurs de perles attendaient leur réhabilitation sous forme d’un enregistrement le plus fidèle possible à la partition originale, malheureusement perdue. C’est chose faite avec cette version intégrale servie par trois des noms les plus prometteurs du chant français. Dirigés par Alexandre Bloch à la tête de l’Orchestre national de Lille, Cyrille Dubois, Julie Fuchs et Florian Sempey n’essayent pas de réitérer les exploits de glorieux aînés mais proposent une approche renouvelée, spontanée, remarquable justement par sa sincérité.

 

Meilleur album de l’année (récital) : Cecilia Bartoli, Vivaldi (Decca) (40%)

Il faut de l’audace pour se mesurer à son propre souvenir. En offrant une suite à l’historique Vivaldi Album, Cécilia Bartoli a fait mieux que relever le défi : elle ajoute à sa couronne un nouveau diamant. « Palette inépuisable, poétique des phrasés naissant naturellement du texte, sculpture minutieuse du souffle… une grande leçon de belcanto et d’expression » commentait, fasciné, Clément Demeure tandis que Bernard Schreuders, à la sortie du concert bruxellois de promotion de ce nouveau CD, surenchérissait à juste titre : « Nous ne devrions plus nous demander si elle va encore réussir à nous surprendre, mais plutôt comment ».

 
 

Meilleur livre de l’année : Verdi/Wagner : images croisées 1813-2013 (Presses universitaire de Rennes) (37%)

La confrontation entre ces deux géants de l'art lyrique que sont Verdi et Wagner continue de faire couler du sang et de passionner les foules. L’édition retardée et plébiscitée des actes d’un colloque organisé à Rennes en juin 2013, année du bicentenaire de la naissance des deux compositeurs, en apporte une nouvelle preuve. A compléter par la lecture du dossier qu’à la même époque nous consacrions à ces frères ennemis de l’opéra. .

4. M. Auclair, Trésors de la musique classique. Partitions manuscrites XVIIe - XXIe siècle (Editions Textuel / Bibliothèque nationale de France) (14%)

 

Meilleur DVD de l’année : Verdi, Otello (Sony Classical) (31%)

L’interprétation d’Otello par Jonas Kaufmann cet automne à Munich a confirmé l’« adéquation évidente entre un des plus grands artistes lyriques de sa génération et un des rôles les plus mythiques du répertoire », pour reprendre les propos de Julien Marion enthousiasmé par cette captation vidéo des représentations du chef d’œuvre de Verdi à Londres en juin 2017.  Des partenaires au niveau du ténor vedette, malgré le remplacement à la dernière minute de Ludovic Tézier par Marco Vratogna, une mise en scène qui, en ces temps subversifs, à « l'immense vertu de ne point violer la musique et le théâtre » et la direction d'Antonio Pappano, « experte et efficace » justifient la première place attribuée par nos lecteurs à ce DVD.

 

 

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